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LA VIEILLE GRILLE, PAR M. WALKER

(Croquis de l'artiste.)

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A côté d'eux travaillent des paysagistes, chercheurs et fort curieux, tels que M. Henri Moore, dont la mer grise et la mer bleue attestent l'œil fm, Tesprit attentif, le tempérament pictural; James Macbeth, avec ses colorations fortes, sombres, à l'opposition un peu dure, mais qui résument si bien les grands aspects de la nature; Inchbold, associant d'une main si légère le vert clair des herbes sur les falaises au bleu clair de la mer, dans un ensemble plein de finesse lumineuse; Smart et son Champ de blé; Knight et son Effet de neige.

La jeune école n'admet pas dans ses rangs M. Vicat-Cole. Ici il a

copié directement Constable, et là il se noie dans une tonalité jaune bien fade. Mais son Automne doré est un heureux et noble paysage, où sourit un reflet des soleils de Claude Lorrain.

L'œil et l'esprit anglais ont beau chercher des voies pour se différencier, ils sont gouvernés par une loi commune. J'associerai donc M. Leslie avec les précédents. Sa peinture large, douce et pâlie, trouve l'harmonie dans une décoloration délicate. Il est le peintre des jeunes tilles, avec cette grâce un peu voulue, mais si aimable, si distinguée, que les artistes de l'Angleterre ont conservée depuis la fin du xviii' siècle. Il est vraiment charmant celui de ses tableaux où, dans un parc, les jeunes filles s'amusent à laisser aller des fleurs au cours d'un ruisseau, en y attachant la pensée de leur destinée. .

Parmi tous ceux-là, c'est M. Herkomer que le plus grand succès ait accompagné. Sa Dernière assemblée à Chelsea est en effet un beau tableau. Toutes ces têtes de vieux marins ont une haute expression, quoiqu'ils soient un peu trop lords en général. Un sentiment grave, noble, profond et juste circule dans cette réunion de vieillards, et, après tout, cette noblesse qu'ils ont, elle leur vient de l'âge qui accentue l'homme et le marque au sceau du détachement et du désintéressement des choses. M. Herkomer est né en Bavière, mais c'est un pur Anglais. On remarquera dans sa toile et plus encore dans ses beaux dessins du Graphie l'influence de M. Legri)s.

(Croquis de l artislc.)

A Tune des assemblées de Chelsea, qui sont simplement la réunion des invalides pour la prière, un de ces vieillards mourut assis à son banc. C'est celui qu'on voit en avant, au centré du tableau, et qu'un de ses camarades, le croyant endormi, secoue légèrement pour le réveiller. M. Herkomer s'est placé, lisant les psaumes, sur le banc appuyé au mur; à sa droite est son beau-père et à droite de celui-ci est M"" Herkomer. Malgré le beau caractère de l'œuvre, le tableau de M. Herkomer n'est pas d'une peinture miraculeuse, les fonds restent médiocres, les tons sont secs et sourds, l'exécution manque d'agrément; le peintre n'y ressort pas visiblement. Mais ces critiques importent peu; voilà un des beaux tableaux que notre monde ait inspirés; ^■oilà comment, en restant simple, on peut faire résonner une note profonde et trouN'cr de la grandeur là où il y en a, c'est-

à- dire chez de vieux guerriers qui prient sur la fin de leurs jours, après avoir accompli de durs travaux, de pénibles devoirs, et risqué maintes fois cette vie dont le dernier souffle les quitte doucement au banc de la prière. On pense à une page du Génie du christianisme ô.q Chateaubriand, traduite par un protestant : c'est la seconde fois que je prends le protestantisme en flagrant délit de haute impression, de sentiment puissant et pénétrant. Un autre artiste, M. Gregory, sera, je crois, fort remarqué dans son pays. Les anciennes tentatives de M. Whistler, je les retrouve dans ï Aurore de M. Gregory. II y a une grande habileté en celui-ci, et peut-être le sentiment simple et juste sombre ra-t-il au milieu de cette habileté; mais, comme d'un autre côté, l'artiste a, dans son aquarelle de Sir GalaJiad^ montré la délicatesse mystique inaugurée par l'école Walker et Mason, et dans son portrait d'homme mis beaucoup de force et de largeur, et que {'Aurore est d'un caractère très personnel, indique un sens de la lumière tout à fait

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neuf et hardi, un esprit des personnages très vif, un accord de la netteté ferme avec la délicatesse des transitions et des impressions, je maintiens que M. Grcgory sera important dans le jeune art anglais.

Auprès du groupe que conduisent MM. Leighton et Poynter, il faudrait mettre, mais pour faire contraste, M. Albert Moore et M. Aima Tadema, pour qui Tantiquité est devenue une famille. M. Moore semble avoir voulu donner une nouvelle vie aux Tanagras. Il les jette et les pelotonne sur des lits de repos, d'un dessin aigu et très gracieux, et les enveloppe de fines draperies teintées de gris et de bleu, les roulant et les manœuvrant entre ses d(;igts avec une légèreté exquise, comme de petites choses fragiles et précieuses que, seul, il a le secret de manier.

M. Aima Tadema est célèbre, et il mérite de Tètre. Ce Hollandais spirituel, trempé dès sa jeunesse dans les pâtes onctueuses et souples deS ateliers belges, a rendu à la vie antique la couleur, Fanimation, ïêtre. 11 les lui a rendus par Tanachronisme, par la réalité et la familiarité. Des gamins de Paris, des cockneys de Londres, sous son pinceau, sautent et gambadent dans les vestibules, entre les colonnes, au fond des jardins de Rome ou d'Athènes. Mais la magie d'un peintre qui est le premier de Londres pour les exercices de la palette évoque avec une singulière force d'intuition, autour des personnages, toutes les choses, tout le décor, tout le milieu où ils vécurent. A l'exposition anglaise, on ne trouverait nulle part une figure plus solide de relief et plus ferme de ton que sa belle danseuse épuisée de fatigue; une lumière aussi vive, aussi gaie, aussi fraîche que dans son jardin romain; un accord aussi distingué, aussi sonore et aussi neuf que dans ses Plaies d'Egypte ; une verve de coloris aussi légère et aussi harmonieuse que dans le fond du palais d'Agrippa, ni une invention aussi amusante et aussi inattendue que celle de la Danse pyrrhiqite. 11 y a dans son œuvre ce problème curieusement résolu : c'est que le sentiment intense de la réalité moderne peut donner et Toriginalité la plus imprévue et le sens du monde à nous le moins accessible, l'antique. Dans le tableau intitulé Galerie de peinture, le jeune homme assis représente le portrait de M. Deschamps, délégué des Beaux-Arts à l'exposition anglaise, derrière qui se tient son oncle, M. Gambart, le célèbre marchand de tableaux. Est-ce une scène antique? est-ce une scène moderne? Que répondre au juste? Elle est réelle, elle est vraie, elle nous donne le trait d'union entre ces anciennes gens et nous. Ils étaient comme nous, nous en sommes sûrs maintenant, le peintre nous le prouve.

AL Orchardson se tient à part à travers tous les groupes, non pas

qu'il ne descende de Reynolds comme quelques autres, mais il a sa peinture à lui, amoureusement poursuivie dans l'union lumineuse du gris et du jaune également clairs, jouant dans de fines rousseurs : une peinture vive, facile, spirituelle, toute d'entrain, un peu chiffonnée dans les petits sujets, mais qui se raffermit dans ses grands portraits jusqu'à l'intensité de la physionomie et la force du ton. Beaucoup d'esprit, beaucoup d'individualité, beaucoup de pénétration : telles sont les qualités de cet artiste, un des plus remarquables de son pays.

Un paysagiste, M. Mark Fisher, se rattache à la peinture française

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