LES BRONZES
avaient apporté à Cologne et de là Limoges les meilleurs enseignemen
A propos de la très remarquable exposition des bronzes français que nous admirons au Champ de Mars, nous n'allons certes pas remonter à six cents ans au delà de notre ère pour raconter, d'après Pausanias, comment Rhœcus, de Samos, découvrit le moyen d'allier le cuivre et de le couler dans un moule, non plus que les perfectionnements qu'apporta depuis, dans cet art, Lysippe, l'auteur présumé du Laocoon; mais on nous permettra de rectifier, au profit de l'industrie française, une erreur trop accréditée, par laquelle on prête au roi François I"' l'introduction chez nous de l'art du bronze.
Nos fondeurs n'avaient plus à apprendre de l'étranger les procédés d'un métier très perfectionné déjà; ils pratiquaient dès le xu' siècle cet art difficile, qui leur était venu de Byzance par les ouvriers grecs, lesquels à Verdun, à Toul, à Reims et à ;s de l'ortèvre.
35o LWRT MODERNE A L'EXPOSITION.
Nous renvoyons à M. J. Laharte et à M. VioUet-le-Duc ceux qui sont curieux de s'instruire en ces matières, et nous leur recommandons de lire le très intéressant chapitre du lampier, où le maître architecte les conduira dans Fatelier d'Alain le Grand et les fera assister à la coulée d'un bronze à cire perdue ' .
En chargeant le Primatice d'aller à Rome mouler le Laocoon, la Cleopâtre, la Vénus, le Commode, la Zingana et l'Apollon, François I""" obéissait à la renaissance du goût pour les chefs-d'œuvre antiques, et c'était avec juste raison qu'il avait décidé de les couler en bronze, estimant qu'aucun moyen mieux que celui-là ne lui garantirait l'exacte et fidèle reproduction des originaux. Ce n'était donc pas de cet art du métal qu'il se montrait curieux, car il eût alors recherché à titre égal les ouvrages de Donatello, de Lorenzo di Pietro ou du Verrochio; il se fût attaché d'une façon plus sérieuse Cellini, qui avait coulé sous ses yeux la Nymphe de Fontainebleau ; ce qu'il voulait, c'était de créer en France cet art de reproduction qui jouissait déjà d'une grande faveur en Italie et qui est à la Statuaire ce qu'est à la Peinture l'art du graveur, une monnaie courante des œuvres du génie, une réédition des plus beaux ouvrages des maîtres. En ce faisant, le roi était le précurseur de M. Barbedienne, ou mieux celui-ci est devenu, de par le procédé Collas, le successeur et l'héritier direct du plus grand des Valois.
Or c'est là que j'en veux venir, et, quelque admiration que je professe pour les œuvres du maître bronzier (on le verra bien tout à l'heure), quelque plaisir que j'aie à posséder, réduites aux proportions de mon logis ces admirables reproductions de la sculpture antique et moderne, je n'admets pas que cette seule branche du métier ait, avec la faveur du gros public, confisqué la qualification de bronze d'art. Je réclame pour toutes les productions de la fonte ce droit au goût et à la forme comme au moyen âge, comme aux xvu* et xvui" siècles, je demande pour ce qu'à tort on nomme le bronze d'ameublement une part aussi large, une faveur aussi marquée, un respect non moins grand.
Qu'on jette en bronze le Moïse et Michel-Ange, mais que Ghiberti moule lui- même les portes du baptistère de Florence, qu'Andréa Riccio fonde le candélabre de Padoue, qu'à l'exemple des Pisans tout un monde d'artistes se donne à cet art charmant des portraits-médaillons, que Jean de Bologne lègue à ses élèves, Antonio Susini et Pietro Tacca, le secret