PIÈCES DE FAÏENCE DE STYLE RENAISSANCE
( Exposition de M. Boulengcr, de Clioisy-lc-Roi )
cuite nue ou colorée s'est transformée en innombrables figurines naïves, savantes ou prétentieuses ; le grès, le biscuit, Targile, se sont prêtés en tous lieux à la création de ce petit peuple de groupes et de statuettes. Les plus intéressantes sont les moins sérieuses, celles qui sont simples, spirituelles et un peu populaires. Dès que Ton reproduit les œuvres classiques et supérieures de la statuaire, un caractère de liberté, de gaieté, de naïveté ou de gentillesse siii geueris a disparu, qui plaisait dans ce monde
de petits êtres pimpants, drolatiques ou pleins de naturel. A l'Exposition, la supériorité reste toujours à ces figures de métiers coloriées ou habillées d'é.toffes que de longue tradition on fabrique à Naples, en Espagne et au Mexique. Elles ont plus d'expression et moins d'afféterie que les autres. Quelques petits biscuits de notre fabrication représentant de jeunes dames en costume actuel ne manquent pas de grâce ni de piquant. Mais en général on ne sait pas colorer ces pièces chez nous, et les notes de la couleur gâtent presque toujours le résultat obtenu avec la terre nue. M. Ladreyt s'est créé un genre avec ces statuettes, et parmi leur foule il en a plus d'une qui est fort amusante. M. Blot, de Boulogne, a quelque naïveté'dans ses pécheurs, et les maisons Peullier et Laroche exposent certaines pièces délicates. Les petits personnages de la fontaine en grès émaillé de Doulton, exécutés par M. Timworth, doivent compter parmi les meilleurs de cette série. Il faut espérer que les figurines d'Italie et d'Espagne, les Saxe et les Sèvres, et aussi les petits personnages de Cyfflée, mais surtout les Tanagras, inspireront aux artistes voués à ce joli petit art des idées de vivacité, de grâce, de naturel charmant qui leur manquent encore; la • raideur lisse et la prétention maniérée ont besoin d'être chassées de là.
Si d'un coup d'œil général nous embrassons maintenant l'ensemble de la céramique moderne, nous verrons la décoration architecturale assurer pour le moment la prééminence à la France. Nous reconnaîtrons la tendance de l'Angleterre à un goût souvent plus délicat que le nôtre et porté à transcrire le décor asiatique plutôt qu'à l'imiter aussi directement que nous le faisons. Mais nous trouverons dans notre pays un mouvement plus vif, une sonorité de tons plus grande et beaucoup plus de sentiers interrogés. Dans les autres pays, même en Italie et en Autriche, nous ne saurions constater de mouvement céramique, bien que de grands efforts particuliers soient tentés par les Ginori, les Fischer, les Szolnay.
Depuis 1867, la verrerie a fait de grands progrès, et plus d'un problème alors posé a été résolu dans ces dix dernières années.
Les verriers font du verre ce qu'ils veulent et lui donnent toutes les apparences : porcelaine, laque, bronze, cuivre. Nous avons déjà vu, à la Céramique, qu'une des grandes préoccupations du fabricant est de simuler avec une matière donnée toutes les autres matières, s'il est possible. Le verre n'a pas échappé à cette manie.
Les irisations, les colorations les plus variées, l'aventurine, l'or chiné et craquelé, l'or dans la pâte, les verres à deux et trois couches, les jaspures les plus compliquées, les émaux les plus fms et les plus épais, l'emploi simultané de la roue, de la pointe et de l'acide pour la gravure, le perfectionnement du coulage et du rapportage, enfin la multiplicité des moyens et des ressources dont dispose la fabrication du verre devient presque un sujet de stupéfaction, lorsque, après avoir jeté les yeux sur ces étalages, pareils soit à une nappe de neige toute frissonnante, soit à des émincés de pierres précieuses, on se met à regarder les objets un à un.
Comme tendances décoratives, en Italie, le verre antique et les verres de Venise; en France, l'émaillerie arabe et l'imitation des formes céramiques ou métalliques japonaises ; en Angleterre, sous l'influence du vase Portland, la fabrication du verre à deux et trois couches, la taille et la gravure extrêmement soignées ; en Autriche, l'arabesque émaillée sur fonds bleus, rouges, transparents ou opaques, les grandes bordures d'or, l'imitation des vases en porcelaine et la tradition de la gravure; puis partout les irisations et le retour à l'horrible taille à facettes et aux fleurs rapportées : voilà les principaux mouvements généraux qu'on peut signaler.
Au point de vue de la délicatesse, de la recherche, de la coloration variée, c'est peut-être la Compagnie de Murano qu'il faut mettre en tète de toute la verrerie, en donnant à M. Brocard une place presque égale.