VASES EN IMITATION DE CRISTAL DE ROCHE, GRAVURE POLI
(Exposition des cristalleries de Baccarat.;
A Murano, on recommence l'ancienne fabrication vénitienne, si compliquée et si hardie. M. Brocard fait revivre les verres émaillés arabes qui inspirèrent celle-ci. Si Ton prend les ensembles, la France témoigne d'une grande supériorité par la nouveauté, la recherc'h des formes, les essais divers, la beauté croissante de la matière, le goût qui se maintient. Pour les grandes pièces, la fabrication du verre blanc transparent, TAngleterre lui tient tète, tandis que TAutriche, représentée surtout par la grande maison Lobmeyer, remporte le succès pour la décoration de la verrerie usuelle colorée. Mais nulle nation, si elle a ses supériorités ou ses nouveautés sur tel ou tel coin de terrain, n'embrasse à l'Exposition un champ aussi vaste que la France, et ne peut lui être comparée.
Une des raisons, peut-être, qui font nos succès en céramique et en verrerie, c'est qu'à l'exemple des Chinois et des Japonais nous avons une foule de petits ateliers où l'on invente maints procédés, où l'on soigne une spécialité; les grandes maisons ont une incomparable force d'impulsion, mais c'est d'ordinaire au fond de ces petits ateliers qu'ont lieu les recherches délicates, artistiques.
La finesse, la plénitude, la diversité de l'émail, la richesse du décor, la beauté des ors, sont le triomphe de M. Brocard, dont nous ne révélons le mérite à personne. M. Pfulb se rapproche de M. Brocard et a des réussites dans ses pièces vert clair, sa bonbonnière, son verre à rinceaux bleus et blancs. M. Jean, fils du céramiste, est heureux dans ses irisations prismatiques, ses nuances changeantes ornées de fleurettes en émail et de dessins gravés. Il a obtenu d'étonnantes imitations des irisations métalliques qu'on remarque sur les verres antiques. Voilà un de ces petits ateliers féconds en trouvailles et que dirige un goiît distingué. On doit aussi à M. Jean fils des faïences à reflets fort intéressantes.
MM. Ducan et Duponthieu à Créteil, M. Ernie, dont nous avons cité les faïences jaspées, ont aussi des verres émaillés d'imitation arabe qui sont jolis. Chez M. Galli, de Nancy, on peut indiquer le retour à un décor de fins branchages ou de petites figures en noir, mêlées à l'émail et aux filets d'or, qui est plein de goût. M. Galli obtient de beau verre noir et le grave en creux en cernant çà et là le contour d'un peu d'or, comme dans son petit vase aux chats. M. Rousseau déploie non moins de goût dans ses verreries à formes et décors japonais en partie teintés et émaillés, à fond enfumé, et dans ses imitations de vieilles pièces.
La cristallerie de Sèvres expose beaucoup de verreries à facettes. Curieuses au point de vue de la fabrication, les facettes multiplient les
points lumineux, alourdissent les formes et ont un aspect commun. Trop de gravure a le même défaut d'aspect commun. Le charme du verre est dans sa transparence et sa légèreté ; il ne faut pas trop le dépolir ni trop le charger. Mais un verre d'un joli galbe, avec une simple gorge gravée, un chiffre d'or ou d'émail, tout au plus quelques fleurettes et des branchages linéaires : voilà le vrai décor en verrerie, croyons-nous. La cristallerie de Sèvres a de ces pièces légèrement ornées et fines de matière.
La fabrique de Saint-Ouen se distingue par des services à bière émaillés blanc et or sur bleu, des verres taillés en spirale, un verre à intérieur doré recouvert de fleurs en émail de relief, et nombre de pièces