CHAPITRE PREMIER
LES MÉROVINGIENS
Sommaire. — Invasions des Francs. — La cour d'un roi mérovingien. — La Truste de Chlodowig. Armes des Francs. — Costumes. — Maisons des Francs. — Art mérovingien. — Le monstre et le cabochon. — Bijoux, trônes et couronnes. — Saint Éloi. — Poterie. — Verrerie. — Cryptes et tombeaux. — Les lec'hs des anciens Bretons. — Invasion des saints irlandais. — Origines de l'Église gallicane.
N Gaulois de l'antique race, un druide qui, dans sa candeur naïve, crut à la bonne foi de César et en mourut plus tard navré de désespérance, — Divitiacus, — disait en contemplant le flot toujours grossissant des Suèves, amenés traîtreusement par l'orgueilleux Arioviste : « Prenez garde à ces soi-disant mercenaires; ils étaient quinze mille aux premiers jours, ils sont aujourd'hui cent vingt mille. Pour ces hommes rudes et grossiers, le sol de la Gaule est plein d'attraits; ses mœurs
* Le frontispice de ce chapitre est formé d'une inscription prise sur une fibule publiée par M. Henri Baudot, dans son Mémoire sur les sépultures des barbares de l'époque mérovinçiienne, l'art national. — II. 1
policées, la richesse de ses habitants les attirent : Il arrivera dans PEU d'années que tous les Gaulois seront chassés de chez eux, ET que tous les Germains passeront le Rhin; car on ne peut comparer le sol de la Gaule à celui de la Germanie, non plus que la vie d'un tel peuple avec celle de nos concitoyens. »
« Futurum esse paucis annis uti omnes ex Gallise fmibus pellerentur, atque omnes Germani Rhenum transirent : neque enim conferendum esse Gallicum cum Germanorum agro, neque hanc consuetudinem victus cum illa comparandam '. »
Certes, Marcus Tullius, le brillant avocat de la cité latine, avait bien raison quand il prétendait que cet Eduen, si barbare pour lui de tournure et de langage, avait au plus haut point la prescience des choses futures ^
Et pourtant, lorsque Divitiacus vint seul à Rome réclamer les secours d'un peuple qu'il croyait, lui chevaleresque, devoir jouer dans l'histoire le sublime rôle de soldat de Dieu, il n'avait vu que quelques sauvages revêtus à peine de débris de peaux de bêtes, mangeurs d'herbes crues, montés sur des chevaux chétifs et difformes, et qui se vantaient de ne s'être jamais, depuis quatorze ans, abrités sous un toit ^.
Hélas! ce n'était que l'avant-garde des hordes qui, plus tard", devaient ravager sa patrie.
découvertes en Bourgogne et particulièrement à Charnay. — Cette inscription , complètement runique, est accompagnée ici d'ornements divers choisis sur dos bijoux de la même provenance ou de la même époque. — La lettre U accompagne une garniture de seau mérovingien trouvée près de Cologne. Les .\llemands ont voulu y voir absolument une couronne royale, et notre gravure n'est que la reproduction exacte de l'arrangement adopté par eux et publié dans l'ouvrage des antiquités des Castra vctera und Colonia Traiana, de Philippe Ilouben. (Xanten, 1839.) Pour ces seaux voir page 37.