ORNEMENTS DES VAISSEAUX
cliitecture navale, les marins prctcndent que oui. Il est ilIogi(iue, en effet, de surcharger par des sculptures inutiles et dispendieuses des bâtiments con slruits en vue d'une marche rapide et des combats, c'est-à-dire dont la destinée est de lutter perpétuellement avec le vent et la vague, le fer et le feu. On commençait à le comprendre avant l'application de la vapeur. Lorsque celle-ci s'empara du navire, la simplicité devint l'une des conditions essentielles de la construction des vaisseaux. L'architecture navale se trouva ainsi ramenée dans une voie plus en harmonie avec son but : au lieu de parler à l'œil, elle s'adresse à l'esprit, et l'on peut avouer qu'elle ne perd rien à la transformation qu'elle a opérée chez le spectateur. Un officier de marine le disait récemment et très bien : « Ceux qui ont vu l'escadre cuirassée escortant VÀigle en Algérie, écrivait M. Léon Brault S doivent se rappeler le coup d'oeil imposant que leur offraient en route ces lourdes masses suivant le rapide yacht. Quand la mer était belle, vous eussiez dit que tous ces bâtiments blindés qui conservaient leur distance réciproque avec une régularité parfaite, étaient invariablement liés l'un à l'autre et mus par une même force. L'escadre était belle alors, aussi belle que l'eût été l'escadre à voiles. Mieux elle serait encore au milieu du combat ; elle a pour elle la force, la résistance,
* Revue maritime et cnloniafe.
la vitesse. Toutes ces qualités, non seulement elle les
a, mais elle semble les avoir, et c'est là sa beauté. »
Cet officier a raison. Point de milieu possible : ou il faut adopter le bâtiment moderne dans toute sa mâle simplicité ou conserver l'ancien navire avec ses ornements, mais aussi avec ses défectuosités. Ajoutons que le choix est fait ; on sait dans quel sens.
« Les Anciens, dit le P. Fournier, nommaient leurs galères et vaisseaux du lieu où ils avaient été bâtis, par exemple, Gnidurcjis, de Gnidos; Samena^ de Samos; Parona, de Paros ; ou bien du nom de quelque héros, animal ou autre marque qu'ils peignaient et gravaient au lieu le plus remarquable du vaisseau, savoir à la proue, et appelaient de là cette marque parasème, ou bien du nom de la divinité sous la protection et tutelle de laquelle était le vaisseau.
« La tutelle du vaisseau qui porta Ovide en exil était Minerve, son parasème était le casque. Le parasème de celui qui porta saint Paul de Malte à Syracuse était Castor et PoUux. Celui auquel Europe fut ravie était un taureau; celui de Bellérophon, pirate corinthien, un Pégase. Celui qui enleva Ganymcde avait un aigle; celui d'Enée, deux lions. Celui dans lequel Andromède fut ravie était une baleine. . . »
Plus tard, ces emblèmes servirent à distinguer les navires d'une nation de ceux d'une autre. C'est ainsi