‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 154 sur 167 · De promiss, et prœdic. Dei, III · texte numérisé non relu

De promiss, et prœdic. Dei, III

j. Beulé, Fouilles et Découvertes, t. II, p. 42.

Cet exemple fait voir avec quelle vigueur les vieux cultes naturalistes venus de TOrient avaient enfoncé leurs racines là où ils s'étaient trouvés implantés. Céleste était une déesse phénicienne, que Ton rencontre à chaque pas sur cette côte étroite de l'Asie, resserrée entre le Liban et la mer, d'où le commerce, la civilisation et le culte se sont répandus dans le nord de l'Afrique, la Sicile, l'Espagne et tout le bassin de la Méditerranée. S'il fallut à Carthage des mesures exceptionnelles pour déraciner le paganisme, si, longtemps après qu'à Rome il n'était plus qu'un . souvenir, il était encore, dans l'ancienne rivale de Rome, une réalité *, on peut penser que sur la terre même où avait pris naissance la religion carthaginoise, en Phénicie, dans le Liban, la destruction de l'idolâtrie fut une oeuvre difficile, et

I. En ^98, le peuple chrétien de Carthage, indigné de ce que le nouveau gouverneur de la ville avait permis de redorer la barbe d'un Hercule vénéré par les païens, s'écrie, pendant que saint Augustin prêchait : « Que Carthage soit enfin traitée comme Rome ! » Quomodo Roma, sic et Carthago ! Voir, sur ce curieux épisode, S. Augustin, Sermo 24.

dut user bien des énergies. Il s'agissait là de la cause même de la civilisation chrétienne, car ces cultes de la nature avaient abouti à une horrible dépravation. Ce que Constantin avait fait pour le temple phénicien d'Aphaque, il n'y avait pas un temple de cette contrée qui ne le méritât. Comme Ta dit un historien, la licence effrénée du Malabar moderne peut seule donner une idée de ce qui se passait dans ces Sodomes phéniciennes*. Les explorateurs retrouvent à chaque pas, dans les campagnes qui entourent Byblos, Tyr et Sidon, les cavernes qui servaient aux prostitutions sacrées ^. Le christianisme, si tolérant ailleurs, dut être ici impitoyable.

Il rencontrait la guerre, une guerre faîte au nom des pires instincts delà nature humaine, au nom de la volupté, du sang, et des malsains attendrissements, des molles larmes', qui, dans

1. Gaffarel, Histoire ancienne des peuples de VOrient, p. 126 (Paris, 1876).

2. Renan, Mission de Phénicie, p. 204, 517-519, 647, 65 j, 691 et pi. Lxv.

j. I^ Vénus du Liban est toujours représentée pleurant: Macrobe, Saturnalia, I, 21. Cf. la planche qui accompagne un article de François Lenormant sur la Vénus du Liban, dans la Galette archéologique, 1875, p. 97 ; et Renan, /. c,

pi. XXXVIII.

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ces cultes orgiastiques, se mêlaient aux plus épouvantables déchaînements de la chair. Il répondit par la guerre, la guerre faite au nom de la dignité humaine et de Tavenir religieux des peuples. Les montagnes qui dominent la côte phénicienne semblaient être devenues la dernière citadelle du paganisme, du paganisme resté à Tétat d* enfance, tel qu'il était avant que l'imagination hellénique ait jeté un rayon d'idéal sur son fumier. « Les cultes du Liban, vieux comme le monde, mais plusieurs fois transformés et mêlés d'éléments de toute provenance, prirent, dans les premiers siècles de notre ère, une vogue extraordinaire. Byblos devint, vers cette époque, une ville toute religieuse, et la région du Liban située au-dessus joua le rôle d'une vraie Terre- Sainte, où l'on venait de toutes parts en pèlerinage... Chaque sommet du Liban était couronné d'un temple. Un paganisme très-dangereux et très-difficile à déraciner s'y défendait à outrance* . » Aussi ne faut-il pas s'étonner si saint Jean Chrysostome, qui était, certes, le moins iconoclaste des hommes, se mit à la tête d'une véritable croisade contre les temples de cette contrée. Une pre-

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