‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 156 sur 167 · Théodoret, V · texte numérisé non relu

Théodoret, V

2. S. Jean Chrysostome, Ep, 221. — Voir Amédée Thierr}', Saint Jean Chrysostome, p. ? M"?? 7*

5. Adonis maxima olim veneratio viguit, quam nunc Phaenices tenant. Macrobe, Saturn,, I, 21.

4. Cité par G. Colonna Ceccaldi, Le Monument de Sarba, dans la Revue archéologique, t. XXXV (1878), p. 17.

le Liban. Les mêmes raisons exigèrent les mêmes mesures exceptionnelles, qui paraissent avoir eu, là, un plein succès. Chypre avait été colonisée par les Phéniciens ; elle avait été pendant un assez long temps dépendante de l'empire d'Assyrie ; elle demeura plus phénicienne que grecque par les mœurs, plus assyrienne que grecque par les arts. La Vénus Cypriote, héritière de TAstarté phénicienne et de la Milytta de Babylone, avait été, comme elles, honorée parla prostitution religieiise ; elle avait pour prêtresses d'innombrables hiérodules, portant des insignes qui révélaient à la fois leur caractère sacré et leur infamie. L'histoire ne nous dit pas de quelle manière les chrétiens du iv* ou du v* siècle s'y prirent pour purifier le sol de cette île voluptueuse ; mais il est certain que les temples y furent volontairement détruits, et que les bois sacrés de myrtes et de lauriers-roses qui les entouraient tombèrent sous la hache. Peut-être les sanctuaires de la déesse étaient-ils déjà renversés à l'époque où Claudien la montre quittant son île favorite pour aller présider au triste hymen d'Honorius et de Marie, et trace une description imaginaire des jardins et des palais de

296 LA TRANSPORMATION

Cypris *. Il faut, écrit M. de Vogué en rendant compte des fouilles exécutées dans Tîlede Chypre en 1862, renoncer à Tespoir d'y trouver le plan d'un temple ou d^un édifice quelconque antérieur à Fère chrétienne : les fondements mêmes ont été arrachés. Tous les objets d'art ayant un caractère religieux furent enveloppés dans cette destruction. On voulut soustraire aux regards jusqu'à leurs débris.

« A une petite distance d'une ville ou d'un sanctuaire, dans un endroit écarté, un ravin, sans que rien vienne trahir à la surface du sol la présence d'objets antiques, existe un dépôt souterrain qui renferme les restes de la décoration de cette ville ou de ce sanctuaire ; véritable nécropole de statues où, sous quelques pieds de terre, gisent pêle-mêle les œuvres de plusieurs siècles, iiîonuments de là piété ou de l'orgueil, de la vanité ou de la reconnaissance, idoles, portraits, symboles, tous mutilés à dessein. Ici, vingt têtes dans un seul trou, ici, des bras, des torses ; là, des ex-voto de la nature la plus singulière. Il est évident qu'à une certaine époque on a brisé sys-

I . Voir la note sur le vers 49 du poëme De nuptiis Honorii et Marice, dans le Claudien de Lemaire, 1. 1, p. j ^5.

tématiquement toutes les statues et on les a jetées dans des fosses creusées près des temples qui les renfermaient. C'est probablement au iv® siècle, lors du triomphe définitif du christianisme, que cette grande destruction aura eu lieu *. » M. de Vogué a fouillé, en Chypre, trois dépôts de cette nature. Il en existe de semblables en Phénicie ; en 1873, un dépôt de statues brisées a été trouvé près du temple phénicien d'Amrit^.

On voit combien il est impossible de poser, en ces matières, une règle générale. « Le christianisme, a dit M. Renan, qui se montra en Grèce si peu dévastateur des ouvrages antiques, fut dans le Liban éminemment démolisseur^. »

Toutes les fois que l'intérêt de Tart et celui de la morale purent être conciliés, le christianisme

1. Fouilles de Chyyre et de Syrie, extrait d'une lettre de M. Melchior de Vogué, dans la Revue archéologique y t. VI {1862), p. 244, 245.

2. Mission de Phénicie, p. 85o. — Il ne faut pas confondre ces dépôts de statues, enfouies par les chrétiens afin de les faire disparaître à jamais, avec les dépôts tout différents dont j'ai parlé page 157: ces derniers étaient l'œuvre de païens effrayés, et quand les magistrats chrétiens les découvraient, ils rendaient souvent à la lumière les œuvres d'art que l'on y avait cachées : voir p. 158, 159.

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