CHAPITRE XII
Sommaire. — Saint Grégoire le Grand, au vii« siècle, rappelle les règles posées par. ses prédécesseurs pour la conservation des temples antiques. — Injustice des reproches de Baronius et d'Aringhi. — Les invasions barbares. — Rome cesse de recevoir des marbres étrangers. — Pénurie des matériaux. — 410, Vxinnée terrible. — 4^2, les Huns dans le nord de l'Italie. — 455, les Vandales à Rome. — 472, prise de Rome par Ricimer. — 587, siège de Rome par Vi tiges. — Bélisaire : les dernières victoires romaines. — Pertes artistiques pendant ce siège. ^ Les catacombes ravagées. — De 546 à 552, Rome quatre fois prise. — Décadence de l'épigraphie romaine. — Marbres provenant de monuments antiques employés dans les catacombes. — L'inscription restaurée de la crypte de Saint-Eusèbe. — Sépulcres de basse époque construits avec des tables arvaliques. — La légende des Goths : Flaminio Vacca. — Critique d'une opinion de M. Ampère.
Une telle persistance des superstitions païennes, obligeant r Église à provoquer d'aussi extrêmes mesures, était rare; on a vu après combien d'hésitations celles-ci étaient prises ; l'exception, peuton dire en toute vérité, confirme ici la règle. La règle était bien celle que, deux cents ans plus
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tard , le pape saint Grégoire le Grand devait tracer aux missionnaires qu'il envoyait chez les Anglo-Saxons : « Ne pas abattre les temples des idoles, mais seulement les idoles qui y sont ; si ces temples sont bien bâtis,il faut les faire passer du culte des démons au service du vrai Dieu *. » Tout Tesprit de la législation du iv^ et du v«, siècle est renfermé dans ces paroles d'un pape du VII®. Ce grand homme savait comment on avait agi dans le monde romain pendant les siècles qui avaient précédé le sien , et il voulait que les missionnaires agissent de même chez les Barbares.
Baronius, en rappelant ces règles posées ou plutôt renouvelées par saint Grégoire, exprime le regret que, dans les siècles précédents, eHes n'aient point été observées. « Si les chrétiens, dit-il, avaient eu la pensée de transformer ainsi en églises les temples des idoles, ils n'eussent pas rasé les admirables temples de Sérapis à Alexandrie, de Jupiter à Apamée, de Céleste à Carthage, et tant d'édifices innombrables dont la grandeur et la beauté faisaient autant de merveilles du
I. s. Grégoire le Grand, Ep., X, 76.— Cf. Montalembert, Moines d'Occident, t. II, p. ^96.
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monde*. » Aringhi, en citant ces paroles de Baronius, s'y associe, et traite de « zèle antiscientifique [lelus prœter scientiamY^ le sentiment qui poussa les chrétiens du iv** et du v* siècle à ces destructions. J'oserai, moi moderne, être plus indulgent que le pieux cardinal du xvi® siècle et le savant oratorien du xvii*. Je crois avoir montré que, dans les destructions dont il s'agit, il y en eut beaucoup d'inspirées par un intérêt supérieur à celui de l'art, et de vraiment commandées par la conscience chrétienne. Mais les principes généralement adoptés furent loin de pojusser à multiplier les ruines : la règle fut de conserver les temples, et de les transformer en maisons de prière, en sanctuaires du vrai Dieu. Conserver, transformer, ces mots ne résument-ils pas, à tous les points de vue, la bienfaisante révolution qui fit passer au monde moderne les trésors intellectuels du monde antique, que le christianisme avait, pour ainsi dire, recueillis dans un pan de son manteau pour les y abriter contre les fureurs des Barbares ?
C'est à ceux-ci qu'il faut attribuer le \elus