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minio Vacca, qui tenait une sorte de journal des fouilles de Rome, assure avoir rencontré de ces Goths dans une auberge * ! Il fallait que Rome ait été horriblement foulée pour que, dix siècles plus tard, le souvenir des envahisseurs y soit demeuré si présent, ait pesé sur elle comme un cauchemar que la raison même ne suffisait pas à dissiper.
Non, les Barbares n'ont pas été « calomniés, » comme Ta prétendu le savant et spirituel auteur de V Histoire Romaine à Rome^, Il suffit de jeter un regard sur les faits pour apprécier à sa juste valeur ce paradoxe, qui avait un instant séduit le grand esprit de Tocquevillç ^. M. Ampère Tappuie sur des documents mal compris. Pour montrer que les Barbares détruisirent à Rome peu d'œuvres d'art, il cite une description de Rome écrite en syriaque par un évêque arménien, Zaccaria, qui vivait en 540, sous Justinien. Ce
1. Cité par J. J. Ampère, Portraits de Rome à différents dges, dans la Grèce, Rome et Dante, p. 144 (Paris, 1859).
2. J. J. Ampère, V Histoire Romaine à Rome, X,'Les Barbares, dans la Revue des Deux Mondes, t. XII (1857), p. j 52.
J. Voir une lettre de Tocqueville, 21 octobre 1857, dans Correspondance et Souvenirs des deux Ampère, t. II, p. }4} (Paris, 1875).
LES BARBARES ET LES TEMPLES. 3l3
document, publié par le cardinal Mai*, énumère, avec les édifices publics et privés, les statues de bronze, d'or et d'ivoire qui remplissent la ville. M. Ampère en conclut que les Barbares n'ont ps^s détruit à Rome un seul monument important. Le document qu'il invoque n'a pas la portée qu'il lui prête. Cette « brève histoire des beautés de la ville de Rome, » comme l'appelle l'évêque arménien, a été compilée en 540, mais elle ne représente nullement l'état de la ville à cette époque. C'est un breviarium ou abrégé d'une notifia beaucoup plus ancienne : il est analogue à ces breviaria latins qui se lisent à la suite de la Notifia regionum ui^bis Romœ et du Curiosum urbis^. Il est facile de voir que ce document avait été rédigé avant le vi® siècle : ainsi, il y est question d'un empereur qui consultait tous les jours le Sénat. C'est un trait d'une tout autre époque. On ne peut donc dire que la Rome décrite dans la notifia originale dont Zaccaria a transcrit en syriaque le résumé soit celle qui a vu le passage des Goths et des Vandales : il n'est
1. Mai, Scriptorum Veterum nova collectio e Vaticanis codicibus édita, t. X, p. xii-xiv (Rome, 1858).