CHAPITRE III
, Tentative de Julien pour restaurer le polythéisme. — Facilité extérieure de cette restauration : il n'y eut qu'à rouvrir les temples. — Caractète de Julien. — Plus lettré qu'artiste. — Il n'essaya pas de régénérer l'art païen. — Julien persécuteur. — Chrétiens mis à mort en représailles des violences exercées contre les temples sous les régnes précédents. — Injustice de la plupart de ces condamnations. — Les chrétiens d'Antioche et le temple de Daphné. — II. Liberté de conscience rétablie par Jovien. — Respectée par Valentinien et Valens. — L'aruspicine autorisée par Valentinien. — Caractère des mesures prises par Valentinien contre les biens des temples.
La tentative éphémère de Julien vint interrompre le cours de la politique inaugurée par Constantin et continuée par ses fils. Le nouvel empereur trouva le paganisme assez bien conservé, matériellement, pour n'avoir, dit Ammien Marcellin, qu'à rouvrir les temples là où on avait
pu les fermer ; il ne fut même pas obligé de réparer des ruines ; il lui suffit de tirer les verrous des portes, d'épousseter les statues, de balayer Iqs dalles abandonnées, et d'introduire de nouveau dans les sanctuaires la procession des prêtres et le troupeau des victimes*. Aucune restauration ne fut plus facile en apparence ; mais Julien ne tarda pas à s'apercevoir qu'il essayait vainement de ranimer des croyances éteintes, que les temples étaient devenus, selon l'expression d'un contemporain, plutôt des tombeaux que des temples, et que les esprits éclairés ne seraient pas avec lui. Son historien rapporte que, lorsqu'il entra
I. C'est ainsi que la plupart des historiens païens et chrétiens nous représentent la tentative de Julien. — Aperiri templa, arisque hostias admoveri ad deorum statuit cultum. Ammien Marcellin, XXII, 5. — Patefacere aedes simulacrorum jussit. Théodoret, Hist, eccL, III, 5. — Compertum enimhabebatgentiles... optare ut tempus illud sibi contingeret, quo et delubra aperirentw\ Socrate, Hist. eccl., III, i. — Templa quidem paganorum a^erwif. Ibid., 11.— Templum aperiri jussit, et sordes quae longinquitate temporis in eo coacervatae erant, exportari ; statuas denique illic positas expoliri praecepit. Ibid., i8*(trad. latine d'Henri Valois). — Seul, Sozomène fait allusion à la reconstruction par Julien de certains sanctuaires renversés ; j'ai expliqué plus haut quels motifs avaient quelquefois commandé ces destructions : Gentilium templa û^erw/f. Et ea quidem quae neglecta fueraht sarciri, eversa vero reficij et aras exstrui jussit, multaque eis vectigalia constituit. Sozomène, Hist. eccl., Y, 3 (trad. Valois).
dans Antioche, le peuple célébrait les fêtes d'Adonis; on regarda comme un mauvais présage que des lamentations de deuil, accompagnement obligé de ces fêtes, saluassent la venue du nouveau souverain *. Si Julien n'avait pas été un rêveur, un bel esprit frotté d'hellénisme, qui prenait l'imagination pour la foi, et cherchait la religion dans Homère, il eût reconnu à mille symptômes combien était chimérique l'œuvre qu'il avait entreprise ; il eût deviné que le paganisme littéraire qu'il essayait de ressusciter durerait ce que duraient « les jardins d'Adonis ,» fleurs sans racines que les femmes semaient le matin dans des vases ou des corbeilles, et qui, après avoir eu pendant un Jour les apparences de la vie, se penchaient flétries le soir^. Mais il fermait les yeux pour ne pas voir les présages. Somnambule obstiné, il marchait au milieu de son rêve comme un homme étranger'jà la réalité. Vainement, entrant dans un temple pour y sacrifier, le trouvait-il désert^; vainement remarquait-il que