‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 52 sur 167 · Privilégia maxima, lucra ingentia. S. Ambroise, Ep · texte numérisé non relu

Privilégia maxima, lucra ingentia. S. Ambroise, Ep

78 l'acte de gratien.

était ainsi réuni autour des sacerdoces et des temples, animant d'une vie factice le fantôme du paganisme.

Gratien avait dit que celui-ci cesserait d'être la religion de l'État : il fut logique. Par une décision qui, à cette époque, ne devait faire naître aucun scrupule dans l'esprit de son auteur, mais qu'un prince investi d'un pouvoir dictatorial pouvait seul prendre, il étendit à tous les biens des temples, à tout le patrimoine du culte païen, la mesure que Valentinien avait prise au sujet de quelques immeubles seulement : considérant que cette accumlilation de richesses entre les mains de quelques prêtres, alors que la majorité des habitants de l'empire avait passé à une autre religion, n'avait plus de raison d'être, il déclara que le clergé païen ne pouvait rester le plus grand propriétaire foncier de l'empire. Il confisqua les terres destinées à entretenir les sacrifices et les collèges sacerdotaux : les domaines des sanctuaires furent réunis au fisc : les privilèges et les immunités des prêtres et des vestales furent supprimés: tout legs immobilier fait aux temples et aux pontifes fut déclaré caduc, et la chose léguée dut tomber dans le patrimoine du prince. Nous ne

possédons plus le texte de cette loi : mais il est facile de la reconstituer à Taide d'un mémoire de Symmaque, de trois lettres de saint Ambroise, et d'un édit d'Honorius qui en donne le résumée

Ce n'était pas, à tout prendre, une loi de spoliation. Elle ne supprimait pas les sacrifices, elle ne fermait pas les temples que Julien avait rouverts, elle ne les dépouillait point des trésors que les générations successives y avaient entassés. Elle laissait aux pontifes, aux vestales, aux aruspices, le droit de recevoir des legs mobiliers^. Elle ne touchait qu'aux immeubles. « Établis dans un but religieux, ceux-ci ne servaient plus à la religion. Les temples ne rachetaient point de captifs, ne distribuaient point d'aliments aux pauvres, n'envoyaient point de secours aux exilés. Dans ces conditions, les biens qu'ils possédaient ne leur appartenaient pas légitimement : les conserver était une usurpation^, y- Tel est le raisonnement de saint Ambroise : tel avait été,

1. Symmaque, Ep., X, 6i ; S. Ambroise, Ep, 17, 18, 57 ; Code Théod,, XVI, x, 20.

2. Nemo tamen donaria delubris et legata haruspicibus * denegavit. S. Ambroise, Ep. 18.

j. Sola su blata.su nt praedia, quia non religiose utebantur iis, quae religionis jure defenderent... Numcrent quos rede-

8o l'acte de gratien.

peut-on croire, celui de Gratien. Les paroles qu'on vient de lire auraient pu servir d'exposé des motifs à la loi portée par ce prince. Du reste, l'État n'abandonnait pas entièrement le culte païen au dévouement de ses prêtres et à la générosité de ses fidèles : Vannona teinplorum^ c'està-dire la portion des revenus publics destinée aux dépenses religieuses, n'était pas supprimée* : elle continua d'être payée, au moins à Rome, jusqu'à la fin du règne de Théodose^.

Cette loi dut être surtout mal reçue par le clergé des petites villes, des villages, par les ministres des petits temples. Beaucoup d'entre eux se virent réduits à vivre de la vente des animaux immolés: et là où les sacrifices n'étaient pas nombreux, où les fidèles manquaient de générosité et de foi, là surtout où les temples manquaient de fidèles, ils furent contraints d'abandonner leurs sinécures, qui ne les nourrissaient plus. Tant qu'il avait eu la jouissance de quelque mé-

merint templa captivos, quae contulerint alimenta pauperîbus, quibus exsulibus vivendi subsidia ministraverint. Praedia igi- •tur intercepta, non jura sunt. S. Ambroise, /, c.

1. Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Ocaident, t. I, p. 59J.

Page 1