Zosime, IV
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tairie ou de quelque vigne attachée au temple qu'il desservait, le prêtre de la campagne ou de la banlieue avait bien pu, à défaut d'offrandes envoyées par ses coreligionnaires, aller chercher dans sa basse-cour une oie (non peut-être la plus belle ou la plus grasse) pour l'immoler au dieu* : mais quand il eut perdu sa prébende, il n'eut plus qu'à fermer le sanctuaire et à s'en aller. Ce n'était pas, cependant, contre ces petits que la loi de Gratien était surtout dirigée. Elle visait plus haut. Pour en apprécier l'importance et en juger la portée, il faut se rappeler en quelles mains étaient, dans les grandes villes et surtout à Rome, les principaux sacerdoces païens au moment où ce coup fut frappé.
Quiconque, fermant l'histoire ou les codes, consulterait sur cette époque les renseignements fournis par les seuls documents épigraphiques, se figurerait aisément que rien n'était change dans le monde, et que le pouvoir politique appartenait encore à des princes professant la religion d'Auguste ou de Dioclétien. Rome, sous Constantin et ses successeurs, a conservé son ancien aspect : son aristocratie semble se pres-
j, JuVitn, M isopogon,
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ser tout entière autour des autels des dieux. Les inscriptions nous montrent, pendant les règnes de Constantin, de Constance, de Valentinien, de Gratien lui-même, les membres les plus éminents de Taristocratie romaine consacrant, comme par le passé, des statues et des temples aux.dieux de l'empire, des préfets de Rome, des consuls, des gouverneurs de province, revêtus de toutes les dignités augurales et sacerdotales*. On vient de voir que Constance n'avait pas refusé d'y nommer lui-même. Toute la noblesse romaine était-elle donc païenne ? Non certes : les chrétiens étaient nombreux jusque dans le sénat: peut-être même y formaient-ils déjà la majorité^. Mais les traditions antiques étaient si puissantes^ si tenaces, empreintes encore de tant de séduction et de majesté, qu'un grand nombre de ceuxci, même sous des princes chrétiens, retardaient jusqu'à la mort l'époque de leur baptême, afin de parcourir en paix cette carrière des honneurs
1. Voir les inscriptions recueillies par Beugnot, ouvrage cité, t. I, p. ï5o, 270, JJ5. — Je dois cependant avertir qu'il est utile de se tenir en garde contre le texte des inscriptions transcrites dans cet ouvrage.
2. Gum majore jamcuria christianorum numéro sit referta. S. Ambroise, Ep, 17.
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sacerdotaux, qui paraissatit rornement nécessaire des grandes familles de Rome, et T inévitable accompagnement des carrières politiques. Ces honneurs, on Ta vu, étaient à la fois très-brillants et très-lucratifs. Ils constituaient, dans les maisons illustres, comme autant de fiefs religieux, à peu près héréditaires, auxquels il était dur de renoncer. Là était le secret de la force dont jouissait encore le parti païen, dans Rome, à la fin du ive siècle. Beaucoup de faibles chrétiens entendaient retentir à leurs oreilles comme un écho secret de cette parole du tentateur à Jésus-Christ : a Je te donnerai tout cela, si tu te mets à genoux et si tu m'adores* . :» Ils succombaient à cette épreuve, rude pour la fragilité humaine. « Les païens, dit saint Ambroise, par l'appât de tels privilèges, prenaient les chrétiens dans leurs filets : les uns s'y laissaient envelopper presque sans y penser, les autres cédaient au désir d'éviter le poids insupportable des charges publiques :
même sous des princes chrétiens, des chrétieiis manquaient de courage et beaucoup tombaient^. »