‹ L'art paien sous les empereurs chrétiensChapitre 62 sur 167 · I. Zosime, Hist , IV, jy · texte numérisé non relu

I. Zosime, Hist , IV, jy

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LA FERMETURE DES TEMPLES. loS

sés^ » Les temples ne furent donc pas indistinctement fermés. Malheureusement, le passage du préfet du prétoire à travers les provinces orientales de Tempire eut des conséquences que Théodose n'avait pas prévues. En Asie Mineure, en Egypte, les passions religieuses étaient fort excitées. Quand la plèbe des villes, souvent en grande partie chrétienne, vit un préfet, entouré de tout l'appareil officiel, entrer dans les temples où une contravention avait été signalée, en chasser les prêtres et en fermer, probablement en sceller les portes, elle put croire que tout lui était permis. Complétant Tœuvre qui ne lui semblait que commencée, interprétant à sa façon la pensée du prince, elle se rua, en beaucoup d'endroits, sur les édifices consacrés aux dieux, en renversa les murailles, en jeta au vent les statues et les autels : des moines — peut-être de ces moines errants dont plusieurs Pères de l'Église ont stigmatisé l'indiscipline et la paresse^, et qui n'avaient de commun avec les laborieux compagnons de saint Antoine ou de saint Pacôme que l'habit et le nom

1. Libanius, Oratio ad Theodosium pro templis non exscindendis, éd. Godefroy (16^4), p. 8.

2. Voir Montalembert, Les moines d'Occident^ t. i, p. 96, 124, i6j, 207, 272 (Paris, 1860).

— se mêlaient à la foule et soufflaient dans ses rangs le feu de leurs ardentes passions *. On se rappelait le règne de Julien, les églises chrétiennes profanées, démolies, incendiées par les païens et par les juifs ; on se croyait le droit de représailles. Théodose se trouva avoir déchaîné une tempête qui ne se calma que lentement, après avoir jonché le sol de ruines.

Elle reprit quelques années plus tard. J'indique rapidement ces faits, qui sont connus de tous, mais que Tordre chronologique du récit m'oblige à rappeler. En SSg, Tévêque d'Alexandrie, Théophile, demanda à l'empereur la permission de convertir en église un ancien temple de Bacchus, depuis longtemps abandonné, et dont les gros murs seuls étaient encore solides. En faisant des fouilles pour assurer les fondations de constructions nouvelles, on découvrit, sous le temple, de mystérieux souterrains, dans lesquels étaient cachés un grand nombre d'objets étranges, de figures obscènes, dont on se servait dans les mystères de Bacchus. Théophile les fit promener dans la ville, à la grande colère des païens.

I. Libanius , Oratio ad Theodosium pro tempîis non exscindendis, p. lo.

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Ceux-ci résolurent de se venger ; ils saisirent une occasion favorable, massacrèrent un grand nombre de chrétiens, et coururent se retrancher dans le temple de Sérapis, immense et magnifique édifice qui dominait la ville d'Alexandrie. Bientôt la révolte eut un chef, nommé Olympe ; il enflammait par ses discours le cou^rage des assiégés, qui faisaient de fréquentes sorties et s'emparaient de nombreux prisonniers, voués aussitôt à l'apostasie ou au martyre. Les efforts des magistrats pour rétablir la paix échouèrent devant l'obstination de ces fanatiques. L'empereur fut consulté. Bientôt un rescrit de Théodose parvint à Alexandrie. Les deux partis firent trêve pendant quelque temps, et s'assemblèrent sur la place entourée de colonnades et de portiques qui s'étendait devant le Sérapéion, Dans ce rescrit, dont lecture fut donnée à haute voix, Théodose parlait à la fois le langage du chrétien qui pardonne et du prince qui veut couper les racines de la rébellion. Il déclarait que les chrétiens immolés dans le temple de Sérapis méritaient d'être honorés comme martyrs; il ajoutait qu'une amnistie était accordée à leurs meurtriers, afin que la reconnaissance d'un si grand bienfait les engageât à embrasser la re-

ligion au nom de laquelle on leur faisait miséricorde. Mais en même temps il ordonnait que tous les temples d'Alexandrie seraient rasés, de peur que les païens qui les possédaient ne les transformassent l'un après l'autre en citadelles. La lecture de cet ordre impérial fit pousser aux chrétiens un grand cri de joie ; elle remplit les insurgés de consternation, et bientôt, s' enfuyant, ils laissèrent sans défenseurs le sanctuaire qu'ils avaient occupé. Ainsi le Sérapéion, qu'il eût sans doute été facile de rendre -inexpugnable, tomba aux mains des magistrats ; immédiatement l'évêque Théophile, auquel l'exécution du rescrit de Théodose avait été confiée, se mit en devoir de l'accomplir, assisté du préfet Évagrius et de Romanus, maître de la milice. Le temple splendide s'écroula sous les coups des démolisseurs ; la statue de Sérapis, immense colosse de bois pourri, couvert de métaux précieux et de pierreries, fut dépecée et portée dans l'amphithéâtre, où on la brûla*. Aucun historien ne dit qu'on ait détruit lême temps les édifices accessoires qui entou- [it le temple, et donnaient de loin à la colline

Rufin, II, 22 ; Socratc, V, i6; Sozomène, VII, 15.

factice sur laquelle s'élevait le Sérapéion l'apparence d'une petite ville; aucun surtout ne dit que la dévastation se soit étendue à la riche bibliothèque conservée dans un de ces édifices*. L'évêque d'Alexandrie, qui était fort instruit, ne l'eût pas souffert, et les chrétiens, qui cultivaient, à cette époque, avec une éga^e ardeur les lettres sacrées et les lettres profanes, en eussent repoussé l'idée avec horreur; c'eût été une trop singulière manière de se venger du décret de Julien qui leur avait interdit de lire Homère en public! N'oublions pas que le Sérapéion ne fut pas pris d'assaut, mais que, abandonné par les rebelles^ il avait été occupé militairement, en exécution d'un ordre impérial, sous les yeux d'un évêque, d'un préfet et d'un général, U ne fut point saccagé ; on

I. Cette calomnie, qui repose sur des textes mal compris, et qui a été récemment renouvelée, est réfutée très-clairement par Gorini, Défense de l'Église , t. I, p. 64-102 (Paris et L)^on, 1864). La destruction de la bibliothèque d'Alexandrie eut lieu en décembre 640, lors de la prise de cette ville par Amrou, et en vertu d'un ordre du calife Omar. Le scepticisme de Gibbon, qui refuse d'admettre sur ce point le récit d'Albiiphérage, afin de faire peser sur les chrétiens du iv« siècle la responsabilité de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, n'est point partagé par les historiens modernes; voir Drapeyron, L* Empereur H éraclius et V Empire byj(antin au VI i« siècle, p. 4o5-4oq (Paris, 1369).

démolit méthodiquement ce qui devait Têtre; et Ton sut conserver tout ce qui méritait d'échapper à la destruction. L'ensemble des constructions du Sérapéion existait encore en 462 *.

Ajoutons qu'à cette sévérité, peut-être nécessaire, contre des temples qui auraient pu servir encore une fois de lieu de ralliement à une insurrection païenne, se joignitune mansuétude jusquelà sans exemple envers les personnes. Le chef de la rébellion. Olympe, put gagner tranquillement l'Italie. Les plus compromis se dispersèrent en diverses villes d'Orient. Deux grammairiens qui avaient pris une part active à la sédition, Ammonius et Helkdius, se rendirent à Constantinople. L'un avait été prêtre de Jupiter, l'autre « d'un dieu à tête de singe, » dit Socrate ^. Ils vécurent tranquilles dans la capitale de l'empire, et, sans abjurer leurs anciennes croyances, sans être même gênés dans la liberté de leurs souvenirs et de leurs plaintes, devinrent professeurs de l'université fondée par Théodose II ^ Helladius, qui se vantait d'avoir, pendant la sédition d'Alexan-

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