III
Il suffit d'ouvrir un poëme quelconque de cette époque, de contempler une des rares œuvres d'art qu'elle nous a laissées, pour sentir que l'art antique était encore tout entier debout. Tel poëme n'eût pu être écrit, tel manuscrit n'eût pu être enluminé, si son auteur n'avait vécu dans la pure atmosphère de la beauté classique, n'en
I Juvat infra t^cta Tonantis
Cernere Tarpeia pendentes rupe Gi gantas, Caelatasque fores, mediisque volantia éigna Nubibus, et densum stipantibus œthera templis, iEraque vestitis numerosa puppe columnis Consita, subnixasque jugis immanibus aedes, Naturam cumulante manu ; spoliisque micantes Innumeros arcus ; acies stupet igné métal li Et circumfuso trepidans obtunditur auro.
De VI cons, Honorii, 44-51.
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avait eu sous les yeux le continuel spectacle, n'avait pu la consulter sans cesse. A travers les faiblesses trop fréquentes de Texécution, le modèle se trahit à chaque page : la méprise n'est pas possible. Le poëme de Claudien sur le rapt de Proserpine semble n'être qu'une paraphrase poétique du célèbre tableau de Nicomaque de Thèbes représentant le même sujet, que l'on voyait, du temps de Pline, « sur le Capitole, dans le temple de Minerve, au-dessus de la chapelle de la Jeunesse*; » il paraît impossible que le poëte contemporain de Théodose n'ait été, avant d'écrire, s'inspirer souvent par la contemplation de ce chef-d'œuvre de l'art grec. Le peintre qui a dessiné, vers la fin du ive siècle, les célèbres miniatures qui ornent le Virgile du Vatican^ eut évidemment tout l'art antique sous les yeux; si le coloris laisse à désirer, si la perspective est défectueuse, l'intelligence des sujets est trop parfaite, le sentiment de l'antiquité classique est trop vif, l'attitude des figures est trop exacte, le jet des draperies trop simple et trop naturel, il y a trop