L'art persan
Si les origines de Part arabe sont obscures et si les premiers monuments de l’Islam trahissent les affinités des nations conquises par les lieutenants du Prophète, du moins est-il relativement facile de reconnaître la part des diverses tendances qui se sont fondues alors sous l’effort de l’artiste et de démêler jusqu’à quel point le sentiment ancien s’y est fait jour.
En Perse, ce travail d’analyse est, plus que partout ailleurs, ardu. Les grandes migrations de l’Asie centrale renouvelèrent maintes fois les tribus qui, à l’époque antique, occupèrent les plateaux montagneux de l’Iran. Leurs hérédités naturelles tantôt se modifièrent, tantôt
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se développèrent parallèlement côte à côte; en sorte qu’à l’instant où le Koran devint la loi de l’empire sassanide, celui-ci avait un art à lui, en qui s’étaient concentrées des aspirations diverses, qu’avant tout il est nécessaire de reconnaître et dont l’évolution musulmane conserva en partie la tradition.
C’est cette fusion de principes disparates qui fait de l’art persan un art composite. Si l’on remonte dans l’histoire au delà de la période médique,la région qui, plus tard, sera l’empire perse, constitue l’Elam. Plusieurs races primitives ont même précédé les Elamites. L'une représente l’élément souméro-accadien et son esprit inquiet et sombre; l’autre, l’élément sémite et sa rêverie ondoyante, enfermée dans un cercle déterminé. Une troisième branche de ces vieilles familles de l’humanité, celle qu’on désigne sous le nom générique d’araméenne, a pénétré à leur suite, s’est implantée à son tour sur la côte occidentale du golfe Persique, et, unie aux Sémites, qui semblent avoir peuplé la Perse à l’origine, a fini par les absorber toutes deux. L’an 23oo avant notre ère, Koudour-Khounti règne à Suse et l’Elam a une civilisation de tous points semblable à celle de la Ch aidée, mais fort différente de celle de l’Assyrie, avec laquelle elle ne se confond jamais.
Puis, vers le vme siècle, les Aryens débouchent vers les bords de la mer Caspienne, dont insensiblement ils s’éloignent pour remonter vers les plateaux de l’Iran. D’ou venaient-ils? Ils conservaient vaguement le souvenir d’une époque fabuleuse, où ils avaient campé dans l’Airyamen Vaêdjo (le pays des Aryens), entre l’Iaxarte et l’Oxus. Toutefois, leur puis-
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sance était déjà assez grande pour qu’au jour de leur arrivée l’empire mède fut fondé. Un demi-siècle plus tard, les hordes persanes se substituaient aux hordes médiques dans l’hégémonie des peuplades aryennes et la famille des Achéménides s’emparait du pouvoir qu’elle conservait jusqu’à l’invasion d’Alexandre, sous Darios Codomannos. Alors quelques Séleucides essayent, mais en vain, d’introduire à leur suite l’art hellénique; le mysticisme oriental était trop profond et sa mesquinerie à lui trop invétérée pour qu’il lui fût possible de s’acclimater. Avec les Parthes, une renaissance commence, entravée un instant par les troubles au milieu desquels s’élève la dynastie sassanide. Elle atteint cependant bientôt avec cette dernière à son apogée. Ctésiphon, devenue résidence royale, acquiert une réputation fabuleuse. La beauté de ses monuments et le luxe déployé à sa cour sont légendaires à Rome et excitent les convoitises de tous les barbares du vieux monde gréco-latin.
C’est alors qu’apparaît le christianisme, puis l’Islam, et qu’un instant ralliée à la doctrine de Nestorius, la Perse est conquise par les armées d’Omar et devient province khalifale. Mais, depuis cette époque, par combien de fluctuations encore son art n’a-t-il point passé! Tour à tour des dynasties tartares, mongoles et afghanes se sont succédé, apportant avec elles les préférences de chacun des peuples qu’elles représentent et les combinant à leur gré, si bien que l’art persan définitivement constitué n’a plus qu’une parenté lointaine avec l’art arabe et souvent même est en complet désaccord avec lui.
L’étude de cette longue période d’art se divise tout
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naturellement en deux parties : l’une comprenant le résumé de ce qu’a été l’art perse avant la conquête musulmane; l’autre, celui de ses transformations à dater de cet instant. Le cadre de ce livre ne permet guère que d’esquisser à grands traits ces diverses physionomies successives et la philosophie dont elles ont été le reflet. On s’est, il est vrai, un peu plus occupé de l’art persan que de l’art arabe. Texier, Pascal Coste et, de nos jours, M. Dieulafoy, ont mesuré, décrit et dessiné les monuments des Achéménides, des Parthes, des Sassanides ou de la Perse islamique. En Angleterre, Loftus; en Allemagne, Stolze leur ont consacré des travaux archéologiques du plus haut intérêt. Mais personne ne leur a demandé les sensations dont ils se sont faits les interprètes. Peut-être aussi cette recherche était-elle superflue. L’Oriental ne sent pas et ne raisonne pas comme nous. Ces impressions que nous éprouvons dans les édifices arabes et perses demeurent nôtres et lui restent entièrement étrangères. Mais encore est-il bon de nous rendre compte de cette intuition première, si loin soit-elle de la nôtre. Une fois dégagée, c’est à nous de penser pour lui .
LAMPE MAZDÉIQ^UE.
(Collection de M. le D1' Fouquet.)
par Dieulafoy.)