PILIER D’ANTE
le thème des chapiteaux, des bases et des fûts des colonnes. Point de colonne perse qui ne soit coiffée de deux demi-taureaux adossés, les jambes repliées, la tête légèrement penchée en avant. Tantôt le chapiteau se rattache directement au fût, tantôt tout un assemblage d’ornements composites entre les deux parties s’interpose; c’est un double nimbe de palmettes retombantes et ascendantes, surmonté de campanules disposés sur plan cruciforme et s’enroulant sur eux-mêmes en deux séries de volutes rayées de nervures séparées par des méplats.
Peut-on admettre chapiteau persépolitain, que le choix de ce (D'après Dieulafoy')
chapiteau ait été un hasard, un pur caprice? Assurément non; et l’on s’est appliqué à lui trouver des raisons de convenance, à invoquer ce qu’a de disgracieux la transition du cercle au rectangle; mille autres excellentes raisons, qui n’ont qu’un défaut : ne point tenir compte d’un symbolisme évident.
On a, il est vrai, cité les colonnettes des édicules égyptiens comme les modèles qu’auraient copiés les artistes au service de Cambyse; or l’ordre de Pasargade est antérieur à la conquête de l’Egypte, et rien ne le différencie des ordres de Persépolis. La base est même celle des colonnes de l’Egypte. Enfin, ces colonnettes d’édicules ne figurent jamais que dans les peintures des tombes; ce sont des symboles, elles ne représentent pas un système architectonique, mais un dogme. C’est le bouquet de lotus , emblème de renaissance; la branche de palmier, emblème des recommencements; la lance, emblème de réalisation et de lumière. Que la partie inférieure du chapiteau perse, ces stipes ascendantes et retombantes de l’ordre composite, aient pour origine la tête du palmier, c’est fort possible, le palmier ayant été partout un symbole du renouveau. Mais que les taureaux n’aient été qu’un motif d’ornement et que les campanules qui les relient au palmier n’aient eu pour but que d’amortir la transition de la forme, cela est inadmissible. Le taureau joue certainement là un rôle mythique. Quel est ce rôle? Les Iraniens nous ont donné peu de renseignements sur leur théologie, et l’Avesta s’éloigne certainement de la philosophie des Mages, ce qui rend toute interprétation incertaine. En Egypte, c’est une image de la force qui crée, et toujours le pharaon prend le titre de « taureau puissant qui se lève en réalisateur » ; c’est aussi un emblème de lumière, les symboles d’existence et de clarté étant toujours associés. En Assyrie, ce sont les Kéroubs, génies protecteurs qui veillent au maintien de l’équilibre des choses; il devait
en être de même en Perse; et la répétition éternelle de ce type singulier suffit à prouver qu’un hiératisme inconnu se rattachait à lui.
Les bases sont tantôt campaniformes, tantôt formées d’une plinthe posée sur un socle et surmontée d’un tore strié de gaufres horizontales.
La surface de la plinthe est toujours lisse ; celle du campane, côtelée ou voilée de folioles, de palmettes et de fleurs d’eau. Le fût est rayé de 32 à 48 et même 52 cannelures à arêtes vives. Cette multiplicité des cannelures de la colonne paraît se rattacher aussi à un symbolisme, à un rappel à cet éternel dualisme de la lumière et de l’ombre, qui était la base du culte d’Ahourâmazda.
Aucune des portes donnant accès à la salle du trône n’était pourvue d’huisseries; elles n’ont ni feuillure pour les battants, ni scellements pour les gonds. La baie est un parallélogramme rectangle encadré de trois listels en saillie l’un sur l’autre et semés de rosaces, en rangs si pressés, que souvent le nu de la pierre disparaît. Cette ornementation toutefois n’est pas imitée, ainsi qu’il a été dit, de celle de la Grèce. Grecs et Perses en ont trouvé l’élément dans l’architecture assyrienne.
BASE PERSÉPOL1TAJNE.
(D’après Dieulafoy.)
Une gorge égyptienne étend sur le tout ses palmettes multicolores, emblème de la lumière qui jaillissait au passage du mort ressuscité ou du roi vivificateur, et qui dans les monuments de Persépolis dut être
de même un symbole du feu divin.
Au point de vue constructif, la paroi des chambranles engagée dans les murs était laissée brute, de façon à favoriser l’adhérence des briques. Sous la pression, les terres encore molles se moulaient sur les rugosités du champ. Souvent même, des entailles profondes sillonnent tout le chambranle, ou bien de fortes saillies, laissées de place en place, jouent le rôle de tenons. L’argile pénétrait dans les creux, s’engageait entre les reliefs, et, de la sorte, le montant se trouvait étroitement soudé au reste du mur