VII. — La Sculpture
A l’encontre de l’architecture, la sculpture perse trahit une origine étrangère et se rattache à l’école ninivite. Mais plus souple, plus gracile, plus person-
nelle, plus impulsive, elle est par certains côtés plus près delà nature; en tout cas, elle fait toujours corps avec le monument et le complète; c’est un rejet de la souche chaldéenne, sans doute, mais un rejet greffé, dont la floraison n’a conservé que les traits généraux de celle du vieil arbre dont il est sorti.
Si brillante qu’ait été cette école, elle n’a pas eu de statuaire ou d’images en ronde bosse. Tout au plus, peut-on en citer deux pour toute l’antiquité achéménide: un taureau à Persépolis et un lion à Ecbatane. Aucune figure humaine n’a été ainsi traitée ou du moins ne nous est parvenue. L’artiste a préféré le haut relief des taureaux androcéphales ailés qui se dressent à l’avant des portes. Jamais non plus il ne s’est attaqué au rendu du nu ou de la ressemblance des traits. Pas une figure de femme n’entre dans ses compositions décoratives; confiné dans trois ou quatre thèmes dont il ne s’écarte sous aucun prétexte, il retrace toujours les mêmes scènes avec les mêmes acteurs, figés dans les mêmes attitudes. Sa facture se contente de résumer ce qui pour lui était l’idéal de la beauté plastique, et de rechercher le mouvement, tout en faisant une large part à la convention. Elle est sobre, ample, toute symbolique, mais composite. Elle n’a ni la raideur, ni la violence, ni l’exagération musculaire de sa devancière. La première œuvre datée dérive cependant en ligne droite du répertoire assyrien. C’est un bas-relief de Pasargade où Cyrus est représenté sous les traits d’un génie ninivite. Quatre grandes ailes sont éployées autour de lui, dans sa main droite est une figurine semblable aux statuettes de la déesse de
lumière égyptienne; sa tiare est également ornée des attributs des dieux lumineux. C’est le diadème hêtès, que revêt le pharaon assimilé à Amon, lorsque, par des passes magiques, il fait œuvre vivificatrice et que la lumière du Ma jaillit devant lui; aux plus hautes époques, les dieux des morts ceignent cette couronne à l’heure des renaissances. Le morceau date-t-il du règne de Cyrus ou de celui de Cambyse ? Peu importe. Tout porte à croire qu’il est de Cyrus. L’Égypte n’était point conquise encore, mais ses idées philosophiques et ses amulettes étaient connues de tous les pays à la ronde; et la preuve que la tiare de Cyrus n’est pas une copie directe, c’est que maints accessoires étrangers à l’art de l’Égypte s’y sont introduits. D’autre part, jamais un souverain oriental n’a songé à se montrer pieux envers son prédécesseur et à lui rendre hommage, quelque grand qu’il ait pu être. En Egypte, ou, plus que partout ailleurs, ce sentiment s’est manifesté, — en supposant, toutefois, une succession directe du fils au père, — la plus grande preuve de vénération était que le nouveau roi ne martelât pas l’image et le nom de son devancier pour se substituer partout à lui. Au reste, le faire du sculpteur a cette hésitation qu’on rencontre toujours dans les premiers essais d’une école asiatique, l'exagération du symbolisme et la précision minutieuse du détail. Les traits dénotent même un certain effort vers la ressemblance qu’on ne retrouve plus dans la suite. Le Cyrus de Pasargade a les cheveux nattés et rejetés en mèches lourdes sur la nuque, la barbe est fine et s’étale en petites boucles bien étagées, le front haut, le nez aquilin, la bouche
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arquée, l’œil bien fendu. C’est le type aryen avec quelque chose de personnel. Quelque hiératique qu’il soit, le corps est bien pris dans une tunique brodée et frangée selon la mode ninivite; le mouvement, libre et souple, n’est point gâté par l’exagération d’un modelé qui contrasterait avec l’ensemble. S’il fallait absolument trouver une origine étrangère à cette sculpture, c’est à l’école égyptienne plus qu’à l’école assyrienne qu’il faudrait la rattacher.
A Persépolis, le thème du bas-relief est franchement ninivite, sans que pour cela le rendu échappe à cette pondération de lignes, qui est sa qualité maîtresse. Istoubar, vainqueur du monstre suscité contre lui par Ishtar dédaignée, renaît dans la scène du roi vainqueur du lion. Mais la lutte du souverain contre le fauve dépouille l’allure violente chère aux artistes de la période antique; elle n’a rien de cette fougue qui contracte les muscles, gonfle les veines et soulève les articulations en un spasme surhumain. Loin de là, le bas-relief de Persépolis conserve un calme qui fait songer à l’inéluctabilité des choses : à cette loi de