PREMIERE P A RT I E. — C H A PI TR E I
de palmettes, de losanges ou de rectangles subdivisés en triangles, de spirales contournées, de tiges capricieuses accostées de folioles et de fleurons, que frange une rangée de merlons où s’écartèle un fer de lance sur fond triangulaire inscrit. Tous ces motifs appartien-
MAIN’ courante de l'escalier du palais de suse. (Musée du Louvre.)
tient au répertoire de tout Fart oriental. Ce sont eux qu’on retrouve encore autour des figures animées, comme un cadre immuable qui enserre Faction éphémère représentée et l’emprisonne dans son éternité.
Les tentures qui concouraient au luxe de ces palais ne pouvaient être qu’une réplique des modèles que leur fournissaient les faïences. Les tissus ont disparu, mais il nous en est resté la reproduction. La sculpture perse,
qui n’aborda jamais le nu, prêtait forcément une importance considérable aux dessins des étoffes et aux broderies. Les documents sont nombreux et permettraient la reconstitution de l’art textile.
L’un des plus beaux spécimens de cette tapisserie ancienne est donné par une scène représentée dans la feuillure de l’une des portes de Persépolis. Le souverain est assis sur un trône abrité sous un dais, d’oü
pend un lourd baldaquin divisé en bandes cousues l’une à l’autre et bordées d’une haute frange. Chacune d’elles est lisérée de rosaces.
(Voir la restitution par Dieulafoy, page 9.) Au centre, le disque ailé, emblème d ’ A h o u r âmazda, se détache, flanqué à droite et à gauche d’une file de lions passants affrontés vers lui. Des panneaux semblables ornaient les murs de la salle du trône, pendaient aux baies des portes dépourvues d’huisseries ou couraient dans l’entre-colonnement des portiques, afin d’y répandre un peu d’ombre et de fraîcheur. Les étoffes brodées appartenaient à la même école ornementale, qui procède de celles de l’Egypte et de l’Assyrie, mais remaniée selon les préférences aryennes.
Nombre d’études ont été consacrées aux sceaux perses. Au point de vue artistique, le cachet de Darius est un bon morceau, quoiqu’on puisse lui reprocher quelques graves défauts. A dextre, trois colonnes d’in-
scription donnent le protocole royal en chacune des trois langues employées par la chancellerie achéménide : « Je suis Darius, roi. » La scène qui accompagne cette légende est tirée des basreliefs ninivites. Leroi, debout sur son char, chasse le lion à l’arc. Un lionceau gît à terre, un lion déjà blessé se dresse dans un bond suprême pour s’élancer en avant ; deux palmiers encadrent le tout, et au-dessus du champ, plane l’imaged’Ahourâmazda. Parmaints côtés, ce tableau a quelque chose de symbolique : la pose du lion blessé pareille à celle qu’il prend dans le corps à corps où il est frappé par le roi ; les palmiers qu’on retrouve à la salie du trône et la présence de l’emblème divin.
La facture est suffisante; cependant on ne peut s’empêcher de critiquer la pose de la main qui guide la flèche. Ainsi lancé, le trait passerait certainement trop haut. Ailleurs, sur un cylindre appartenant au musée de l’Ermitage, le thème change, et se fait le décalque de la scène classique où le roi perce un rebelle de sa lance, tandis que des prisonniers, la chaîne au cou, sont debout derrière lui.
Mais le sujet préféré du graveur, le roi aux prises avec le lion, revient sur les cachets de forme scarabéo'ide, qui de bonne heure remplacèrent les cylindres assyriens. L’influence de l’Egypte sur cette évolu-