PLAN DU PALAIS DE HATRA
térêt qui se concentre sur lui vient précisément de ce qu’il marque le degré de transition entre la platebande et la coupole, entre l’art achéménide et l’art sassanide, dont nombre de formules se rencontrent dans le répertoire de l’art copte.
Plus encore que son architecture, le décor de ce palais est caractéristique. L’archivolte de ses arcs est munie de rangées d’oves et de feuilles d’acanthe ; les pilastres qui la reçoivent sont surmontés de gorges et de filets, et, au-dessus de ces chapiteaux, court une mince astragale, brodée de légers rinceaux. Tout cela dérive de l’art grec, bien que les oves appartiennent aux
vieux bijoux parthes antérieurs à la monarchie arsacide. Mais, sur les claveaux, des têtes coupées sont sculptées en haut-relief; d’autres sont suspendues aux pilastres. Ce dernier thème est purement oriental.
Bien avant les Parthes, l’Egypte de Ramsès III avait eu de semblables trophées. Au migdol de Thèbes, des consoles font, de place en place, saillie sur les glacis de la place d’armes, portant des têtes à demi pendantes dans le vide, au-dessus desquelles s’étale la bannière du roi, gravée en creux dans le nu du mur. Certains avaient cru voir en elles un prototype de la cariatide. Que ces consoles soient engagées dans le glacis, ils n’y avaient pris garde; c’était pour eux une ascendance hellénique, et la joie de retrouver cette filiation lointaine leur faisait perdre jusqu’aux plus élémentaires notions de la critique d’art. La connaissance de l’Egypte antique leur eût appris que ces têtes n’avaient rien à voir avec l’art de la Grèce. Le migdol de Ramsès III est l’image d’une forteresse du Liban présentée à Ammon en offrande; les têtes posées sur des consoles sont de simples trophées, l’interprétation sculpturale de cette phrase par laquelle le dieu promet toujours la victoire au roi : « Je te donne tes ennemis sous tes sandales. » Le roi pouvait être remplacé par sa bannière, et l’Egyptien, qui tenait plus à l’idée exprimée qu’à la figuration matérielle, a souvent supprimé l’image du monarque pour la remplacer par son emblème, afin de mieux spiritualiser le tableau. C’est la même idée qu’avec d’autres moyens ont rendue les sculpteurs parthes. Moins complexes que les Égyptiens, plus barbares aussi, ils se sont contentés d’accrocher à leurs murs les têtes de leurs ennemis.
Enfin, des taureaux ornaient autrefois la façade; des voyageurs anglais en ont compté jusqu’à dix, mais il n’en reste plus trace aujourd’hui.
De la décoration intérieure, peu de chose nous est
connu, et force nous est de nous en remettre aux contemporains, quelque sujettes à caution que soient les descriptions qu’ils nous ont léguées. Dans la vie d’Apollonius de Tyane, Philostrate, qui vit la demeure des derniers Vologèse, s’exprime ainsi : « Le palais était recouvert de lames de cuivre qui reflétaient les rayons du soleil. On y trouvait un quartier pour les femmes;
l’art persan.
les appartements affectés aux hommes et les portiques, décorés en guise de peintures d’étoffes brodées d’or et encadrées de plaques d’argent, resplendissaient de revêtements d’or. » Et plus loin : « Une salle couverte d’une coupole constellée de saphirs à l’intérieur brillait d’un éclat céleste. Sur le fond bleu des pierres s’enlevaient en or les images des dieux qui resplendissaient comme les étoiles dans le firmament. Là siégeait le roi lorsqu’il rendait la justice. » Si l’on dégage de ce récit les points qui ont échappé au narrateur ou qu’il a interprétés à sa manière, on reconnaît un dôme recouvert de cuivre à l’extérieur, ainsi que le seront, sous les Ghaznévides, ceux des grandes mosquées persanes, et un revêtement intérieur de mosaïques or sur fond de pâtes de verre bleu, pareil à celui qu’on retrouve dans les monuments byzantins.
Etait-ce là le décor du palais de Hatra? Seul Vapâdana a conservé un bas-relief où des feuillages alternent avec des figures symboliques1; mais l’ornementation dut être riche. C’était presque un sanctuaire que cette salle, et cette disposition singulière, qui consistait à l’isoler de toutes parts par un couloir enveloppant, en faisait presque la demeure d’un dieu. Le roi, en effet, considéré comme frère du soleil, de même que le pharaon égyptien était appelé fils de Ra, participait de la nature divine, et ce rapprochement établit une curieuse coïncidence de plus entre cette disposition de Yapddana et celle du sanctuaire égyptien.
r. Dieulafoy, l’Art antique de la Perse.