‹ L'art persanChapitre 25 sur 98 · PREMIÈRE P A RTI E. — CH A P IT RE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE P A RTI E. — CH A P IT RE II

leur rudesse primitive et leurs mœurs patriarcales. Aussi, encouragées par les succès des Bactres, elles les suivirent dans leur révolte, massacrèrent le gouverneur grec Androgoras et couronnèrent l’un de leurs chefs, nommé Arsace, qui, de ce fait, devint le fondateur de cette dynastie parthe qui sut reconstituer l’empire perse et tenir cinq siècles Rome en échec.

Cet empire improvisé, que créaient l’audace d'un rebelle et la valeur personnelle de ses successeurs, devait, de même que son devancier, emprunter forcément une partie de sa civilisation à celles qui se trouvaient en cet instant atteindre à leur apogée. Quel que fût l’éloignement que les Parthes éprouvassent pour la Grèce, les cités fondées par celles-ci en Parthie et en Bactriane se trouvaient être les plus policées du monde. Quoi d’étonnant si, dans l’ère nouvelle qui s’ouvrait devant Thiridate, Mithridate et Artaban, l’élément grec acquit une importance considérable et mit son sceau sur ses monuments ?

IL — L’Emploi de la voûte.

Ce n’est là cependant que le dehors de Part parthe, la parure dont il se revêt, mais une parure qui n’est pas à sa taille. Bactres et Scythes ne paraissent pas avoir eu de monuments jusqu’à l’instant où l’affaiblissement de l’autorité grecque les fit les maîtres de l’empire de Darius. Les maisons privées devaient, par contre, étant donnée la nature du pays, être voûtées, de même qu’en Assyrie les bas-reliefs des grands palais bâtis

en terrasse nous montrent les maisons couvertes de coupoles et de berceaux. Toutefois, à en juger par les ruines actuelles, les Bactres n’auraient connu que ce dernier type de voûte. Les seuls monuments que l’on puisse leur attribuer sans hésiter n’ont pas de dôme, et les vieux châteaux du Fars et du Servistan, ou celui-ci apparaît, leur furent certainement postérieurs. C’est une loi primordiale de l’élaboration des formes architectoniques que le berceau précède la coupole. En Égypte, à l’époque copte, les premiers deirs ont des voûtes elliptiques, tandis que le dôme ovoïde n’est en usage que vers le commencement du me siècle de l’ère des martyrs. Le berceau est plus simple à tourner, et ce problème, qui consiste à jeter une voûte circulaire sur plan carré, ne se pose définitivement à l’architecte que lorsqu’il s’est familiarisé avec l’emploi des surfaces courbes et leur pénétration réciproque; l’arc de cloître a même été de tout temps le moyen terme qui a servi d’étape à l’évolution.

Ainsi, d’une part, introduction d’un principe de construction purement indigène ; de l’autre, un décor imité de celui des peuples voisins, et le tout mélangé à la hâte, sans le moindre lien apparent ou caché.

C’est là seulement qu’il faut chercher la cause d’un phénomène souvent signalé, mais resté sans explication plausible. L’art parthe n’atteignit point à ce qu’il aurait dû être; il végéta misérablement, s’éternisant dans une formule incomplète dont il ne sut point se dégager. C’est que, absorbée dans l’effort continu qu’il lui fallut faire pendant cinq siècles pour repousser les hordes tartares, les armées des Séleucides et les légions romaines,

la Parthie n’eut que bien rarement le temps de penser. Si un instant elle s’y appliquait, ses affinités la rejetaient vers certaines formes rudimentaires qui n’avaient pas eu le temps de s’épurer et de se proportionner à la splendeur dont elles devaient être l’expression. On faisait grand pour faire beau; puis il fallait songer au danger, et l’on abandonnait l’édifice au caprice ornemental de quelque mercenaire grec.

Le palais de Hatra réalise le type parfait de cet art composite. Ses ruines occupent le centre d’une enceinte fortifiée circulaire de plus d’un kilomètre de rayon. Aux temps anciens, cette gigantesque ceinture était encore flanquée de deux forts, l’un au sud, l’autre à l’est, qui en complétaient la défense. Les armées de Trajan l’assiégèrent en vain, et celles que Septime Sévère envoya venger cet affront furent contraintes à se retirer sans plus de succès.

Cette place fameuse ne comprend pourtant qu’un mur épais, faisant avant-corps, un fossé et un rempart couvert par quarante-deux tours, distantes sur axe de 160 mètres. Quatre portes y donnaient accès, dont la principale regarde l’orient. Au centre, une enceinte carrée, commandée, elle aussi, par des tours saillantes, protégeait la demeure royale. Sa porte franchie, on pénètre dans une vaste cour au fond de laquelle se dresse le principal corps du palais. Sa disposition générale diffère sensiblement de celle du palais achéménide. 11 s’étend, tout en largeur, sur un front de 90 mètres et se divise en quatre vastes nefs parallèles couvertes en berceaux. Le plan ainsi conçu, il fallait que l’architecte avisât au moyen d’équilibrer ses voûtes et d’an-

nuler leurs poussées au vide. Pour cela, il établit sur le flanc de chaque grande nef une nef étroite où la retombée des grands arcs vient s’amortir en se contrebutant; et partout où ce moyen n’est pas à sa portée, il s’en tire en exagérant l’épaisseur des murs, en sorte que l’arc porte sur un contrefort extérieur. Enfin, une salle carrée, enveloppée de toutes parts par un corridor, est rejetée en dehors de ce plan et, comme à dessein, isolée. Elle fut Yapâdana du souverain, la salle du trône; la nef qui la précède, son vestibule; chacune des autres nefs, une salle secondaire du palais.

Tout entier, l’édifice est construit en calcaire brun, appareillé selon les règles de la modénature grécoromaine. La façade est partagée en arcades, reçues à leur retombée sur des pilastres ou des demi-colonnes; les voûtes sont fort rudimentaires et appartiennent au système des berceaux tournés sans cintrages; les sculptures à l’art gréco-romain. Mais quelle couverture s’étendait sur la salle carrée rejetée hors du plan? « Un dôme », ont répondu la plupart des archéologues; une voûte d’arête en arc de cloitre serait plus à sa place dans un tel monument.

Que l’on compare le palais de Hatra aux plus anciens deïrs coptes, la structure des berceaux est identique. Or, dans ces deïrs, jamais on ne trouve de coupole sur plan carré, mais bien l’arc de cloître surbaissé.

Ce qui donne à ce rapprochement d’autant plus de vraisemblance est qu’un archéologue éminent, Ross, a relevé des traces d’escaliers et en a conclu que le monument avait plusieurs étages, ce qui rendait impossible

la présence d’un dôme. En Égypte, il en était ainsi au couvent de Saint-Siméon. Pour passer de la courbe de la voûte au plan horizontal, des arceaux secondaires venaient buter sur les reins du grand berceau. Et les salles carrées couvertes en arc de cloître se trouvaient nivelées au moyen de gravats et de matériaux légers. Il devait en être de même au palais de Hatra. L’in-

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