II.- — Les Edifices à coupoles
Faut-il classer les châteaux à coupoles du Fars et du Servistan parmi les œuvres sassanides? Oui, s’il s’agit de réunir en un seul groupe les monuments d’une même école; non, s’il faut régulièrement les ‘classer sous le règne qui les a vus bâtir: ces châteaux appartenant, sans doute, aux derniers Parthes. On a, il est vrai, proposé de les attribuer « à une architecture nationale de l’époque achéménide, ou peut-être mède1 » ; mais des arguments invoqués en faveur de ce système, le principal est la présence de la gorge égyptienne dans la corniche des portes et des murs. Ce détail, si singulier qu’il paraisse, n’a rien qui doive nous surprendre, non pas qu’il faille voir dans le choix de cette moulure une réminiscence archéologique, encore moins un res-
i. Dieulafoy : l'Art antique de la Perse.
souvenir du passé, l’expression d’un « sentiment patriotique », ainsi que certains l’ont si naïvement supposé. Ce sont là des mots vides de sens pour l’Oriental, qui ne s’est jamais arrêté à de pareilles sentimentalités architectoniques. Du passé, il n’a jamais eu cure que pour piller les tombeaux de ses ancêtres ou les trésors des vieux palais. Mais cette forme de la gorge égyptienne se rattachait, à n’en pas douter, à un symbolisme. L’on a vu celui que lui attribuait l’Egypte antique; celui de la Perse devait forcément en découler. Supposez les monuments égyptiens dépourvus de ces inscriptions qui nous disent le siècle qui les a produits : des temps les plus reculés aux derniers empereurs, toute porte est pourvue d’une corniche de palmettes multicolores; en faudrait-il conclure qu’une œuvre de Trajan ou des Antonins dût être attribuée à Khéops ?
Le système des voûtes du palais de Hatra, tout primitif, ne comporte que des arcs elliptiques, dont le tracé dérive de l’emploi du triangle rectangle, dont les côtés sont entre eux comme les nombres 3, 4 et 5 ; courbe familière de toute antiquité à l’Egypte et à l’Assyrie. Pas une salle qui ne soit couverte de cette voûte; si la coupole avait alors été connue, l’architecte eût certainement modifié son plan : il eût renoncé aux salles oblongues, à la répétition des galeries parallèles aux immenses berceaux continus. Mieux familiarisé avec les poussées et les résistances à leur opposer, il n’eût pas eu recours au décrochement du parement extérieur du mur pour se ménager un contrefort. Mais parti de cette première donnée, des essais successifs
devaient naturellement le mener à la coupole. Celle-ci est mentionnée dans les auteurs au palais de Vologèse, et les châteaux du Servistan et du Fars nous initient précisément à cette période d’élaboration.
De meme que l’arc du berceau, l’arc de ces premières coupoles est elliptique. Le château du Servistan, considéré comme le plus vieux de tous, a un dôme ovoïde qui repose sur quatre trompes angulaires et quatre pendentifs établis de manière à ménager le raccord de la coupole avec les surfaces latérales des murs. La solution du problème avait été d’autant plus laborieuse que rare est le bois sur les plateaux de l’Iran, et qu’il avait fallu aviser au moyen de monter et de tourner berceaux et dômes sans cintrages. Peut-être cette raison fut-elle pour beaucoup dans le choix de la courbe elliptique; car pas besoin n’est de grandes connaissances mathématiques pour se rendre compte que plus un arc est obtus et plus les forces nécessaires à le maintenir en équilibre sont considérables, et que, par contre, plus il est aigu et moins sont intenses les pressions destructives qui tendent à le désagréger.
Voici, selon M. Dieulafoy, l’épure de la courbe iranienne, basée sur les propriétés rythmiques du triangle rectangle, dont les côtés sont entre eux comme les nombres 3, 4 et 5 :
« On construit sur la demi-largeur de la nef comme base le triangle rectangle 3, 4 et 5, en dirigeant suivant l’axe vertical le plus petit côté, et l’on décrit du sommet opposé à ce petit côté comme centre, avec un rayon égal à la largeur de la nef, un arc de cercle. Si l’on arrête cet arc de cercle à son intersection avec le prolonge-
ment de l’hypothénuse, la longueur comprise entre l’axe vertical et la circonférence est égale au petit côté du triangle. En traçant alors, du sommet situé sur l’axe comme centre et avec le petit côté du triangle comme rayon, un second arc de cercle, on engendre une nouvelle courbe tangente à la première. Dans Vanse de panier ainsi construite, la montée et la largeur sont respectivement égales au double de la hauteur et de la base du triangle; ces deux dernières sont entre elles dans le rapport de 3 à 4. »
La demi-largeur de l’arc est donc le module auquel se rapporte tout le tracé de la voûte. Au Servistan, nefs et coupoles sont basées sur ce même principe, et l’une de ces dernières est même soutenue par quatre piliers d’angle, auxquels elle est reliée par de grands arcs.
Restait à tourner cette voûte sans cintrages. Pour cela, il suffit de décrire sur la paroi intérieure du mur fermant la nef la section droite de l’intrados et d’appliquer selon cette ligne un premier rang de briques posées à plat. Chacune, si l’appareillage est fait avec soin, adhère à la surface de la muraille; et l’anneau ainsi établi devient un point d’appui sur lequel il est possible d’en enclaver un second, et ainsi de suite, jusqu’au raccord avec le mur opposé. De la naissance de la voûte au joint de la rupture 1 de l’arc, les briques posées à plat tenaient naturellement en équilibre. Au-dessus de ce point, la pesanteur les eût entraînées dans le vide; par l’interversion dans l’ordre de la mise
1. On appelle joint de rupture le point où l’action de la pesanteur entraîne les claveaux d’un arc dans le vide ; dans les arcs surhaussés, il se trouve au milieu de la montée.
l’art persan.
en place, le danger se trouvait conjuré. Cette disposition avait en outre pour effet de diviser la voûte en deux parties distinctes. Jusqu’au joint de rupture, la maçonnerie formait une masse homogène; du joint de rupture au sommet du cintre, elle se trouvait partagée en rouleaux minces superposés. Par surcroît de