I. — L'État politique
De même que la fin du règne achéménide, la fin du règne sassanide fut une décadence rapide, que précipitèrent les défaites et les invasions.
Ctésiphon, bâtie sur le Tigre, à la frontière de Séleucie, en vit se dérouler les phases. Camp retranché où Mithridate avait concentré ses armées, elle était
rapidement devenue une ville florissante. Vononès exilé, Artaban III y avait été proclamé ; puis Tiridate II, qui s’était levé contre le nouveau souverain, l’avait enlevée de vive force. Reprise par Artaban, Trajan l’avait soumise, Khosroës Ier reconquise, et Avidius Crassus brûlée, au cours de la campagne de Mésopotamie (l’an 192 avant notre ère). Plus tard encore, un nouveau soulèvement s’étant produit, Sévérus, proclamé empereur, la rasa de nouveau et fit vendre ses habitants; et pourtant, malgré tant de désastres, sa position était telle, que ce fut là qu’à leur avènement les Sassanides établirent leur cour.
La révolution qui les amenait au pouvoir était une résurrection nationale. La capitale parthe transportée à la frontière, de manière à être plus vite informée des événements de Séleucie, la vieille Perse s’était trouvée placée sous l’administration de vice-rois indigènes, qui, les derniers désastres aidant, avaient fini par se considérer comme des souverains absolus. L’un d’eux, Artaxerxès, profitant des revers d’Artaban IV, s’insurgea contre son suzerain. En vain, Artaban marcha contre lui avec le meilleur de ses troupes ; vaincu après un combat acharné, il fut fait prisonnier et mis à mort. Qui était cet Artaxerxès? Les historiens classiques en font le descendant d’une noble famille perse; les historiens arabes, le fils d’un officier nommé Sassan, héros d’une légende gaillarde. Quoi qu’il en soit, les événements de son règne montrent en lui un homme de race, et son fils, Sapor Ier, a toutes les qualités du roi oriental.
L’avènement de la nouvelle dynastie fut le signal
d’une renaissance religieuse et artistique. Les souverains sassanides, Sapor, Vararhan, Khosroës, reprirent la tradition des grands rois constructeurs. En même temps, la religion s’épura et retourna à sa forme primitive; elle dépouilla tout ce que le règne des Parthes avait introduit en elle d’étranger. D’autre part, la Grèce disparue, l’hellénisme n’était plus un élément redoutable, antagoniste de la civilisation antique. L’Oriental n’estime que ce qui se fait craindre; et l’Hellade, réduite et domestiquée au service de Rome, avait aux yeux du Perse cessé d’exister. Rome était trop éloignée pour exercer sur lui une influence considérable. Aussi, dès le règne d’Artaxerxès, le culte d’Ahourâmazda est-il remis en honneur. Sapor Ier fait réunir les fragments de YAvesta échappés à Alexandre en une version nouvelle des livres saints, et se bâtit de somptueux palais. Après lui, quand l’Occident décline et que l’empire est transféré à Byzance, Isdigerdès reçoit de l’empereur Accadius la tutelle de Théodose II (400). C’était là de la part de l’empereur d’Orient une marque d’amitié dictée par la crainte. La Perse est alors toute-puissante. Un instant elle faiblit; puis Khosroës II reconstitue une fois encore l’ancien empire à son profit. Ses armées victorieuses pénètrent en Asie Mineure et en Syrie, s’emparent d’Edesse, ravagent l’Arménie et la Cappadoce, défont Phocas, entrent en Bithynie, arrivent devant Chalcédoine, emportent d’assaut Jérusalem, conquièrent l’Egypte et remontent jusqu’au pays abyssin. Attaqué par Héraclius, qui venait de succéder à Phocas (62 3), Khosroës regagne enfin l’Iran, à l’instant même oü l’Islam va apparaître, et meurt la veille de l’inyasion
arabe. Mais si elle était prompte, cette chute, du moins, n’était point une décadence, et le règne de Khosroës peut être classé parmi ceux des grands rois. S’il fut homme de guerre, le dur souverain fut aussi un constructeur qui nous a légué plusieurs palais immenses. Celui de Machita est curieux à plus d’un titre; un autre se dresse dans le désert qui fut Ctésiphon, comme témoignagne de cette grandeur qui allait s’éteindre; d’autres encore sont épars à Rabbath-Ammon, près de Machita, et à Eïvan, qui furent des résidences de princes féodaux ou de gouverneurs.