‹ L'art persanChapitre 40 sur 98 · III. — Les Derniers monuments sassanides · texte numérisé non relu

III. — Les Derniers monuments sassanides

L’ordonnance du palais de Khosroës Ier, à Ctésiphon, est conçue sur un plan très simple. Sur son axe s’ouvre une immense nef de 26 mètres de large sur 48 de profondeur, encadrée à droite et à gauche de quatre salles rectangulaires de 23 mètres sur 6. Toutes communiquent, et la première de chacun des deux groupes donne seule sur la cour du palais. Ce vaisseau géant, c’est la salle du trône, Vapâdana du monarque sassanide; un vaste berceau elliptique, dont la hauteur (35m,2o) est la hauteur totale de l’édifice, le couvre. Librement ouvert, la foule des grands dignitaires y pénétrait et y circulait plus aisément encore

que dans l’hypostyle de Darius. Ses proportions, l’inflexion de sa voûte, l’immensité de la baie, impriment à l’esprit l’idée d’une grandeur implacable presque surhumaine. Que l’arc de cet apâdana soit elliptique, pour cette raison qu’on ne peut songer à tourner un cintre de 26 mètres d’ouverture sur 3q de hauteur, c’est là un

A CTESIPHON.

effet, ce ne saurait être une cause. L’arcature était voulue pour répondre à un idéalisme évident. Encore une fois, ce n’est pas le maçon qui donne la physionomie au monument, mais l’artiste qui place le maçon dans la nécessité de bâtir sur un plan correspondant à des affinités qui échappent à sa pensée, et l’obligent à s’en tirer du mieux qu’il peut.

Il est bon d’insister sur cette loi que l’on oublie trop volontiers, d’autant plus qu’elle préside à la structure de la façade du palais. Celle-ci se développe sur un front de 92 mètres et présente partout un plein absolu. Tou-

tefois, ce plein ne devait pas être celui du temple mystérieux de l’Égypte; ce n’était point le ciel même qu’il était censé dérober aux regards. De plus, la philosophie de l’Iran s’était fait, d’une autre manière que celle de l’Égypte, l’impression des jeux de lumière et d’ombre. Ahourâmazda n’était que l’éternel rival d’Angromaï-

nyous et non le triomphateur absolu, THorus- Ra vengeur, le soleil éternellement vainqueur de l’ombre. De même que la façade des palais parthes, la façade sassanide de Ctésiphon est découpée en six rangées d’arcatures superposées, plaquées de colonnettes et s’enfonçant dans le plein du mur par une série de voussures et arrière-voussures; en sorte que la loi esthétique qui a servi de donnée première concourt à la construction même de l’édiHce. Le décor n’est plus un revêtement, mais l’ossature, le squelette du panneau, la charpente qui assure sa stabilité. Un parement de semblables dimensions eût fléchi sous son propre poids et se fût désagrégé en fort peu d’années. Pour pallier à cet inconvénient, l’architecte l’a rayé de chaînes verticales qui en sont comme les nervures et a établi les six étages en retrait, en les séparant les uns des autres

Page 1