PAREMENT DE LA FAÇADE DU PALAIS DE CTESIPHON
(D’après Dieulafoy.)
cune des arcades sans pour cela nuire à l’équilibre du massif. La combinaison était d’autant plus ingénieuse qu’il devenait aussi possible d’accentuer les ajourements, de multiplier les arrière-voussures et, par ce recul des plans successifs des étages, d’accuser les ombres portées en accusant les profondeurs.
A l’intérieur du palais, nombreuses sont les area-
tures en ogive. Ont-elles été introduites à seule fin de pourvoir à la solidité du monument? Non sans doute; les architectes sassanides, pas plus d’ailleurs que tous ceux de l’antiquité, ne se rendirent jamais compte des lois statiques de leurs œuvres et adoptèrent telle ou telle forme par inclination naturelle, jamais par calcul. Une disposition toute spéciale témoigne encore de ce souci d’artiste : les voûtes sont forées d’ouvertures circulaires, normales à la douelle, établies au moyen de tuyaux de terre de 12 à i5 centimètres de diamètre intérieur. Au nombre de cent cinquante, elles ont pour but l’éclairage du vaisseau, ainsi qu’il en sera dans la voûte copte des couvents de haute Egypte. Un jour diffus filtre à .travers elles et tombe doucement dans la nef à demi baignée de clair-obscur. L’effet devait être saisissant et aux jours de solennités contribuer puissamment à redoubler la magie intense de grandeur souveraine, qui enveloppait la personne royale apparue subitement dans tout le rayonnement de sa splendeur.
La salle du trône ouvrait directement sur la cour du palais, sans qu’aucune barrière en interceptât l’entrée; un rideau immense dérobait seul le monarque aux regards de ses sujets. Lorsqu’il daignait se montrer à eux et prenait place sur l’estrade, entouré des princes du sang, des ministres, des courtisans et de la garde, le voile se levait soudain à un signal donné. Le roi des rois surgissait alors dans le cadre d’un luxe inoubliable. Les murs de la salle étaient couverts de tentures splendides, des tapis jonchaient le sol, et tout détail architectonique où n’étaient point appendues des
étoffes étincelait sous un revêtement de mosaïques ou de métaux précieux. De telles solennités tenaient beaucoup de la mise en scène, et les jeux de lumière devaient en augmenter singulièrement l’éclat. Quand l’audience était privée, que le voile restait baissé, leur puissance se faisait magique. Sur les ors et les pierreries, les rayons lumineux prenaient des aspects d’auréole et entouraient le roi d’un nimbe qui lui prêtait quelque chose de surnaturel.
Si la distribution du palais est aisée à restituer, il n’en est pas de même du décor de la façade. Celle-ci, quoique bien appareillée en briques cuites, eût été trop peu imposante, et pourtant elle ne porte aucune trace d’émail. Selon une légende qui court encore le pays et qu’a recueillie M. Dieulafoy, chaque colonnette, chaque archivolte, chaque voussure, chaque relief était aux temps anciens protégé par une feuillure de métal, couche mince de cuivre doré ou argenté, dont, de toute antiquité,, les Perses ont aimé à couvrir jusqu’à l’extrados des coupoles et dont la tradition a survécu, à l’époque musulmane, dans le revêtement des dômes des mosquées et des tourelles des minarets.
Le palais de Machita élevé par Khosroës II, à 60 kilomètres de l’embouchure du Jourdain dans la mer Morte, plus encore est caractéristique. Son plan présente des analogies frappantes avec celui des églises coptes de haute Égypte. Faut-il voir là une ressemblance fortuite? C’est fort probable, car alors même que le rapprochement est tout à l’avantage d’une théorie, il est bon de se rappeler qu’en maints cas semblables, de pareilles coïncidences sont dues à de purs