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hasards. Et pourtant que l’on mette en parallèle ce plan de Machita et celui de l’église du grand déïr de Saint-Siméon à Assouan, bâti vers la même époque (612). L’ensemble est identique; n’était la grande nef venant en avant-corps de Yapâdana, l’un pourrait sembler un décalque de l’autre. Mais si l’on ne peut prétendre que le palais de Machita ait été construit par un Copte, il est matériellement impossible que le déïr d’Assouan soit l’œuvre d’un architecte de Khosroës.
Une chose s’oppose à l’une ou à l’autre hypothèse.
Le Copte a horreur de la coupole; il ne l’eût pas construite en Perse et ne l’eût pas davantage acceptée chez lui. Le déïr d’Assouan n’a pas de voûtes extradossées; le palais de Machita a sa salle du trône surmontée d’un dôme sur pendentifs. Mais, à cela près, la similitude est étonnante. L’un et l’autre ont une enceinte fortifiée garnie de tours, l’appareillage de leurs berceaux est le même, et les détails constructifs de toutes leurs parties sont absolument pareils. Il serait trop long de décrire l’ordonnance de Machita; un peu plus com-
pliquée que celle de Cte'siphon, elle s’y ramène en grandes lignes. Une vaste galerie précède Vapâdana. que bordent sur ses côtés deux autres nefs. Un trait à noter pourtant est que la salle du trône a sur ses quatre faces une niche semi-circulaire, en sorte que la coupole s’appuie aux pendentifs limités par les quatre arcs. Le modèle de cette disposition a-t-il été pris à Sainte- Sophie? Rien n’autorise à le croire. C’est plutôt une évolution iranienne. Elle naît d’un état d’esprit dont le courant s’étend dans tout l’Orient.
C’est cette appréciation qu’il convient d’appliquer aussi à l’ornementation de l’édifice. Le mur d’enceinte présente 1 53 mètres de façade. Au milieu, la porte principale s’abrite entre deux tours octogones fort saillantes, dont les courtines reposent sur un soubassement massif. Le socle se termine par de vigoureuses moulures où rampent des cordons de feuillage; au-dessus, une large plinthe s’entoure d’une bordure de même style. Un large zigzag la brode, déterminant une série de triangles pareils à une rangée de gables, au centre desquels se détache un fleuron octogone de haut-relief. Sur le champ s’enroule une arabesque pyramidale faite de deux orbes géminés, enlacés ou renversés dans un mouvement rétractile. Leur pied se perd dans une corbeille rustique, et à travers les spires des lions s’affrontent, des colombes volètent, des grappes et des feuillages de vigne se tordent selon un rythme ordonné. Là encore on croirait retrouver une composition copte, non par la factûre qui est supérieure, mais par le symbolisme des sculptures. Ces lions semés d’ornements polygonaux striés de rayures géométrales sont frères de
ceux des monuments de la Thébaïde. La vigne a un sens emblématique dérivé de l’Égypte antique, et les colombes sont celles des stèles coptes d’Akhmim ou de Naggadah.
Si longs que semblent ces rapprochements, ils sont d’autant plus utiles qu’au seuil de la période ou l’Islam va apparaître et fondre partout les arts qu’il trouvera florissants dans son art à lui, il faut avant tout dégager leurs formules respectives, pour cette raison que l’art perse a souvent été considéré comme l’ancêtre de l’art arabe. Qu’il l’ait été, pour une faible part, de celui de la Perse musulmane, c’est fort probable; mais, pour un motif commun à l’Iran et au reste de l’empire des Khalifes, il ne faudrait pas croire que l’Arabie demandât ses modèles aux Perses. D’autres existaient ailleurs, qui n’avaient jamais subi l’influence sassanide et qui se sont imposés à elle en maîtres. Beaucoup appartenaient à l’Égypte, et c’est en Égypte qu’ont pris racine l’architecture et la sculpture de l’Islam. Inconscientes, guidées seulement par une absolue communauté d’aspirations, celles-ci reproduisirent ici et là des formes semblables; toutefois cette ressemblance fortuite n’eut qu’une action secondaire sur leur développement.
Pour terminer cet examen rapide de ce que fut l’architecture des Sassanides, il faut citer encore deux monuments signalés par M. Dieulafoy, l’un à Rabbath- Ammon, l’autre à Eivan.
Rabbath-Ammon est situé à faible distance de Machita et paraît de même époque; l’édifice était protégé par une enceinte romaine. Au centre est une cour carrée autour de laquelle pivotent quatre nefs; celles
situées sur l’axe couvertes d’un berceau elliptique; les
soubassement du palais de m a c h i t a . ( D’après Dieukfoy. )
deux autres d’une demi-coupole sur pendentifs, engen-
L’ART P ERSAN.
drée par un ellipsoïde de révolution. A voir de telles dispositions, il est à supposer que l’architecte fut un chrétien, de même qu’en Egypte celui de la mosquée