‹ L'art persanChapitre 75 sur 98 · VASE DE VERRE BLANC. VASE DE VERRE BLEU · texte numérisé non relu

VASE DE VERRE BLANC. VASE DE VERRE BLEU

(Musée des arts décoratifs.)

n’y a rien à cela d’invraisemblable. L’histoire de l’art musulman fourmille de pareils exemples; et ce fut une habitude héréditaire chez les grands souverains

orientaux de transporter les artisans les plus réputés d’un bout à l’autre de leur empire après une conquête, ou de les y attirer par des largesses en temps de paix. Ce serait donc peine perdue que de rechercher à qui

vase de verre bleu. i^Musee des arts décoratifs.)

revient le mérite d’avoir les premiers, des Persans ou des Arabes, imaginé de fixer à grand feu l’émail sur les lampes de mosquée; à l’instant où l’usage s’en répand, les uns et les autres les fabriquent, et celles qui sortent des mains de ceux-ci ne diffèrent point de celles qui sortent des mains de ceux-là.

Pourtant, l’ampleur des rinceaux des lampes

cTÉgypte tend à témoigner d’une fabrication indigène. Certaines autres, qui, à n’en pas douter, d’après la signature qu’elles portent, sont d’origine persane, ont

un décor plus clairsemé, plus continu, plus enchevêtré. La lampe égyptienne se divise en trois zones bien tranchées : le col, la panse et le piédouche. Ici, ce sont des bandes d’inscriptions coupées de blasons; là, des fleurons; plus loin, quelques rares ornements laissant valoir le nu.

Rien de semblable dans la lampe persane. Un réseau d’arabesques enveloppe le col, la panse et le pied. En outre, les fonds d’or recouvert sont assez rares. L’émail est posé directement sur le verre et est plus opaque que l’émail arabe. Il a moins d’intensité et de vibration. Seuls, les bleus turquoise sont quelquefois préférables aux bleus lapis des lampes de Kalaoûn. Mais le trait rouge ou or qui sert d’esquisse au dessin de celles-ci leur manque, ou, s’il apparait, n’a ni souplesse

BUIRE DE VERRE BLANC

(Musée des arts décoratifs.)

ni ampleur. Legrand défaut de cette ornementation est d’être confuse et incertaine; on n’en distingue point tout de suite les grandes lignes et les masses; les feuillages sont trop contournés et trop dentelés. L’on sait le rôle de ces lampes dans les mosquées. Les Arabes, qui plus que les Persans ont fait concourir l’épigraphieà leurs oeuvres, onttracé sur ellesleverset de Koran : « Allahestlalumière des cieux et de la terre. Cette lumière est semblable à une flamme placée dans un cristal pareil à une étoile brillante. »

Au xive siècle, les sanctuaires en furent constellés; elles s’y balançaient, pendues à de minces cordelettes de soie : toutes étaient votives. Le plus souvent, elles portent le nom du donataire et la signature du verrier.

Ce qui semble indiquer que ce type de verrerie n’était point persan et que, dès le xvie siècle, la fabrication en était abandonnée à des mains étrangères. Des

(Musée des arts décoratifs.)

Vénitiens s’installaient à Chiraz et à Isphan, remplaçant les ouvriers du pays, puis bientôt même le secret de l’émail se perdait. « Le verre vénitien était de composition mauvaise, à cause des matières employées.

Il avait une teinte grisâtre, il était rempli de bouillon et ne pouvait servir qu’aux usages communs. Les Persans continuèrent à fairevenir de Venise les verres pour miroir et châssis et même leurs bouteilles pour prendre le tabac1. »

Est-ce aux Vénitiens qu’il convient d’attribuer les verreries unies des xvie et xvne siècles? Le moule est absolument persan et reproduit trait pour trait ces vases à la panse large, au col effilé et contourné, souvent épanoui à son extrémité, que nous montre l’imagerie du xiu® siècle. Comparez les verreries conservées au Musée des arts décoratifs de Paris aux bouteilles et même aux tiges fleuries peintes dans le premier recueil de poésies venu. Vous retrouverez les mêmes silhouettes; l’ouvrier a pu être Euro-

i. Gerspach, Y Art delà verrerie; Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts.

BUIRE DE VERRE BLANC

(Musée des arts décoratifs.)

péen : n’importe. En tout cas, les procédés employés par lui varient à l’infini et décèlent un enseignement d’école. Tous entreht en jeu : la coloration du verre, le moulage, la taille à la meule et l’incrustation patapplication à chaud.

La nuance la plus commune est le bleu, blanc bleuté ou bleu lapis profond; mais la plupart des verreries fines ont un ton blanc verdâtre, laiteux et opalin, obtenu par un mélange à petite dose de divers principes colorants.

Aujourd’hui, cette teinte est d’autant plus harmonieuse, que la décomposition de la pâte lui a donné des reflets d’irisation. Ce sont des vases au col souple, fuselé; la panse est ample, sphérique ou ovoïde. Le verre a été soufflé et le plus souvent rubané par une rapide rotation imprimée à la pâte incandescente.

Tantôt le vase est lisse et monté sur un piédouche, tantôt côtelé ou bosselé de godrons. Le col de celui-ci se termine en campanule entr’ouverte; celui-là a été taillé à la meule, pourvu d’anses rapportées et flanqué de becs latéraux assez compliqués, soudés à chaud. Cette dernière manière est de toutes la plus usitée. Des bou-

BUIRE DE VERRE BLANC

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teilles ont, les unes, un fil de verre s’enroulant en spirale à la base du goulot ; les autres, des anneaux ondulés ou des filets se distribuant sur la panse et la nervant régulièrement. Pour les buires, cette règle de décoration est constante. Becs et anses sont toujours rapportés. Enfin, quelques vases de prix sont taillés à la meule; les fonds sont usés, laissant valoir le relief. Mais ce dernier moyen n’est que rarement employé ; les reliefs que nous possédons sont le plus souvent simplement moulés.

« Les Persans avaient une grande habileté pour restaurer les objets en verre cassé, à la condition que les fragments ne fussent pas plus petits que l’ongle. Ils les assujettissaient l’un à l’autre avec des fils d’archal et passaient sur la fente un mélange de blanc de plomb ou de chaux calcinée et de blanc d’œuf. Cette coutume donne lieu à un précepte religieux : — Le verre rompu se remet dans son entier. Combien plus l’homme peut-il être rétabli dans le sien, après que la mort l’a mis en pièces! — Lorsqu’un usage passe en proverbe, c’est qu’il est très ancien et très populaire. Il est probable que celui de raccommoder le verre cassé remontait à l’époque où la verrerie persane produisait des œuvres d’art b »

Tel est bien, en effet, le caractère des verreries persanes. Elles sont avant tout artistiques, tant par la forme que par l’ornementation. Les verres les plus simples ont un galbe merveilleux, et, quand le verrier y applique quelques fils seulement de pâte liquide,

i. Gerspach, l'Art de la verrerie; Bibliothèque de l’enseignement des beaux-arts.

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c’est pour y profiler quelque frange gracieuse, quelques ganses discrètes et sobres, que l’art vénitien ne surpassa point.

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