III. — La Tapisserie
La tapisserie de la Perse musulmane fut, par contre, une continuation directe de la tapisserie de la Perse antique. Elle se transforma avec le temps, suivant en cela la marche naturelle de toutes choses; aucune solution de continuité n’interrompit ce mouvement.
A Ctésiphon, l’art du tissu avait atteint un degré de perfection tel, que la réputation des tentures sorties des ateliers de la capitale sassanide s’était répandue dans tout le vieux monde. Rome les lui disputait à prix d’or et, quand Byzance fut devenue la capitale de l’empire d'Orient, ce furent encore elles qui concoururent le plus au faste inouï de la cour des empereurs.
Des descriptions des auteurs anciens, il semble ressortir que la richesse des matières employées prima la perfection du dessin et surtout le souci de la composition. L’or et la soie occupaient la première place. Des morceaux de verre et des pierreries servaient à figurer des fleurs et des joyaux L Quand l’armée d’Héraclius eut défait Khosroës II (628), elle trouva dans le palais de Dastagerd nombre de tapis brodés à l’aiguille. Plus tard (63/), Ctésiphon tombait au pouvoir des armées khalifales, et le butin fait dans la capitale sas-
x. Karabacek, Die persische Nadelmalerei Susandschird.
sanide comprenait une prodigieuse quantité de tissus précieux. Un immense tapis de plus de soixante aunes était tramé d’argent et d’or avec application de pierres précieuses. Cette pièce superbe avait été exécutée pour Khosroës Ier. « Elle représentait un jardin sillonné de sentiers et de cours d’eau et planté d’arbres et de fleurs printanières. La bordure, fort large, contenait des parterres dans lesquels des pierres bleues, rouges, jaunes, blanches, vertes, simulaient des fleurs. C’était de joyaux que l’on s’était servi pour figurer les cours d’eau et les sentiers, tandis que des fils d’or rendaient les tons jaunes du sol L »
La conquête musulmane ne modifia en rien ces tendances. Les tentes et les « châteaux » des khalifes ont les mêmes broderies riches où domine l’or. Il suffit de citer les tapisseries de Mostanser-b-Illah pour en fournir la preuve certaine. Les unes donnaient les portraits des khalifes, les autres représentaient les pays connus des Arabes1 2. L’or servait de même à figurer le sol; les plantes rares s’y peignaient en nuances éclatantes, et à la place des fleurs et des fruits, des verreries et des gemmes s’y sertissaient.
Un doute s’élève ici, il est vrai. Les tapisseries que nous connaissons par les descriptions du grand auteur arabe, Makrîsi, ou les contes des poètes persans, sont pour la plupart fabriquées hors de la Perse, en Égypte ou dans le khalifat de Baghdad. En Egypte, Tinnis a une réputation légendaire pour le kaçab, sorte