‹ L'art persanChapitre 84 sur 98 · FRONTISPICE DU B O S T A N DE S A A D I · texte numérisé non relu

FRONTISPICE DU B O S T A N DE S A A D I

(Bibliothèque khédiviale du Caire.)

La Perse antique avait jadis introduit l’écriture dans ses bas-reliefs et lui avait fait une large place, si large meme que souvent les lignes refendent d’un bout à l’autre le tableau. Mais jamais inscription isolée de toute représentation animée n’avait été apposée sur un

amenés à faire d’elle le principal élément de leur formule artistique? Ils imitèrent sans doute en cela les Arabes et s’abandonnèrent à leur propre instinct.

Les plus anciennes inscriptions persanes sont en koufique rectangulaire, que rien ne distingue du koufique arabe. Le karamatique lui succède ; enfin, la réforme de Hassan-Ibn-Moklah, vizir du khalife abbasside El-Moktader, 320 ( q33 ) , en substituant les

caractères neskhys au karamatique, donne du coup 'à la Perse une écriture personnelle plus élancée, plus souple, pourvue de ligatures plus longues que l’écri¬

ture arabe et dont les déliés contrastent vivement avec les pleins.

Isphan fut dès lors vantée pour ses calligraphes. Le renom de ceux-ci s’étendit dans tout l’Orient musulman, et l’on se disputa les manuscrits rédigés par eux. La richesse de ces livres, devenus aujourd’hui fort rares, étonne encore les bibliophiles; toutes les ressources de l’art du miniaturiste, de l’imagier et du relieur ont été mises à réquisition pour en rendre le

luxe plus raffiné. Quelquefois, tout le fond de la page est rempli d’arabesques d’or, de scènes de chasse, de fauves bondissant à travers des végétations composites. Tel est le cas pour quelques versets du Bostan (jardin) de S a a d i dans le manuscrit de Sultan Aliel- Katib (89 3). Un arbrisseau d’orcroît au milieu; des oiseaux se posent sur ses branches et des chèvres broutent à son pied, tandis que les vers du poème coupent le tout par le

travers. D’autres fois, c’est seulement l’encadrement qui est ainsi enluminé. Dans ce cas, l’esquisse d’or alterne avec les bordures à l’aquarelle, où, sur bleu pâle, vert clair ou rose aurore, rampent des branches sinueuses où se perchent des oiseaux. Les pages des Chants d’amour, de Moëzz-ed-din-Mohammed -el- Hussein ; du divan Chaukat-Manzoum, de

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Moustakim-Zadé et du divan Chems-ed-din-el-Khaouaghah-Hafiz, d’El-Katib-ech-Chirazi (824), sont remarquables entre toutes. Un filet enserre l’écriture, large de om,oi environ, et contient une guirlande d’arabesques multicolores sur fond d’or. Souvent aussi ce cadre se subdivise. Les pages de certains recueils de

BORDURE DE K O R A N , XVe SIÈCLE.

(Bibliothèque khédiviale du Caire.)

poésie se trouvent coupées par des refends horizontaux et verticaux en cases où chaque strophe s’inscrit. Ici ce sont des carrés, là des triangles déterminés par des chevrons. Les interlignes sont rehaussés de même par des méandres d’or ondulés, chargés de fleurettes. Les titres s’étalent dans de larges cartouches polychromes pouvant rivaliser avec les plus beaux titres de Koran. Un manuscrit de l’histoire de Yousouf et Loulikaha, écrit par Abderrhaman-Ibn-Ahmed-el-Gami, mort

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