‹ L'art persanChapitre 85 sur 98 · PAGE DE KORAN DU SULTAN CHAABAN · texte numérisé non relu

PAGE DE KORAN DU SULTAN CHAABAN

(Bibliothèque khédiviale du Caire.)

en 891, a des marges ainsi enluminées avec une habi-

leté qui dépasse celle de nos imagiers du Moyen Age. Les têtes de chapitres sont de véritables dentelles de soie aux tons vifs. La première page est incomparable. Elle a un grand médaillon quadrilobé, au milieu duquel rayonne une double rosace. Le fond n’est qu’une arabesque de remplissage, menue, disposée de façon à laisser à l’ensemble du dessin toute sa valeur. La bordure est conçue dans le style flamboyant. Elle s’effile sur un champ doucement teinté et comme lamé de fleurons aux couleurs amorties. Chacun des festons de cette inimitable guipure contient un autre fleuron foliacé ou florescent. D’autres pages, celles du Khosrou- Namé-Iskandari, écrit par El-Cheikh-Mohammed-el- Attar-el-Hamadani, mort en 627 de l’hégire, sont comme les répliques d’un tapis à fond bleu turquoise, avec médaillon central et bordure d’or. Le tout est broché de tiges vertes aux fleurs délicates, roses, lilas et blanches. Ailleurs encore ce sont des arabesques légères ou massives qui rappellent de près le décor de la faïence. Car la meilleure preuve que le talent des miniaturistes n’était point fait de pratique et de routine est que, sur cent manuscrits, pas deux ne répètent le même thème de décor.

La polygonie est toujours exclue de ces enluminures, et cette loi fixe porte peu à croire que les frontispices et les titres de korans aient été l’œuvre de Persans, ainsi qu’on la souvent affirmé.

En Égypte, à l’époque arabe, les manuscrits des sultans baharites et bordjites sont illustrés par des imagiers égyptiens, élèves de l’école polygoniste ; l’arabesque n’est qu’un accessoire, le réseau des entre-

lacs reste l’essence de la composition. Sans doute, quelque miniaturiste persan, attiré à la cour du souverain pour le renom de son talent, a pu être l’auteur de telle ou telle page à juste titre admirée; mais ce n’est là qu’une exception qui n’infirme en rien la règleetqui détonne tellement dans l’ensemble de l’imagerie arabe, qu’il est aisé de reconnaître son origine étrangère au premier coup d’œil. Si, souvent, on a confondu les deux manières, cela tient au dessin arabescal des bordures de pages qui reste indécis. Toutefois, les rinceaux florescents qui s’y tordent appartiennent moins au répertoire persan qu’au répertoire arabe; l’arabesque est figée en un rythme absolu et comme enroulée à un invisible treillis. Elle n’a ni la libre allure des floraisons persanes, ni leur exubérance, ni leur ampleur.

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