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ECOLE DE MANI

Bibliothèque khédiviale du Caire.)

l’art persan.

ORNEMENT ACHÉMÉNIDE.

CONCLUSION

Et, maintenant, si l’on s’en tient à cette esquisse, que reste-t-il de la théorie qui affirme que la Perse eut une part prépondérante dans l’élaboration de l’art arabe? Bien peu de chose. Son architecture, elle l’emprunte à l’Egypte d’Amrou, de Touloûn et d’El-Moëzz, aux Tartares et aux Mongols. Sa faïence, elle en oublie le secret et le reprend remanié et transformé par les Chinois. Sa verrerie imite celle de Baghdad, de Byzance et de l’Egypte, pour passer finalement aux mains des Vénitiens, et sa peinture, après s’être façonnée à l’école djenghiskhanide, se mêle à la Renaissance de réminiscences italiennes et de procédés mis en faveur par ceux de nos maîtres, que l’on désigne sous le nom de peintres galants.

Certes, il ne s’ensuit pas que les Persans ne puissent revendiquer leur part dans le mouvement de l’Islam. Il y a plus : cette part est considérable; mais l’élan

CONCLUSION

ne vînt pas d’eux. Ils s’emparèrent de certaines données, de certaines tendances; ils ne furent jamais des novateurs. De l’art antique, rien ne subsiste dans cette nouvelle manière ainsi constituée. Ses premiers monuments sont en plate-bande; or par quel lien les rattacher à ceux d’Ecbatane et de Persépolis? Quand l’arc remplace l’architrave, le système des voûtes adopté par l’architecte n’est plus celui des Sassanides; il ne repose pas sur une architectonie ayant pour base l’équiliore de l’édifice et la répartition des pressions. Le jour où la coupole et le berceau réapparaissent enfin, la tradition de l’art persan a passé aux mains des Tartares et des Mongols.

Il en est de même des décorations céramiques : comment relier raisonnablement les faïences stànnifères persanes à celles de Darius et d’Artaxerxès? On a fait valoir la similitude des ornements foliacés ou fiorescents. C’est là un thème que dans tous les arts orientaux on retrouve. La vérité est que, des Achéménides aux Mongols, pas un morceau de faïence ne peut être classé comme appartenant à la Perse. Il faut donc bien admettre qu’après un si long interrègne sa floraison n’a pas été spontanée et que ce sont les Mongols qui l’ont ramenée à son berceau. La même loi s’applique à la plupart des arts industriels. L’on a vu ce qu’il nous reste de données certaines sur leurs origines; y revenir serait une redite; elles sont confuses, d’ailleurs, car elles se placent à l’époque où la Chine, l’Inde et la Perse sont réunies sous les descendants de Djenghiskhan.

Non, l’art persan n’a pas été une continuation de l’art sassanide; non, il n’a pas été la source d’où est

sorti l’art du khalifat arabe; loin de là, il a pris à ce dernier nombre de ses éléments constitutifs. Que ses tendances premières restent fidèles à elles-mêmes sous des formes différentes, soit. A l’une ou l’autre époque, on reconnaît des affinités semblables, semblablement exprimées. De même que le Perse mazdéen, le Persan musulman n’a pas le sentiment de l’infini et de l’au delà ; il n’a ni le vertige religieux de l’Arabe, ni sa prédisposition à la délectation morose. Voyez les tombeaux antiques, non point ceux bâtis à l’imitation des syringes égyptiennes, mais ceux qui s’élevaient à Pasargade au temps de Cyrus. Comparez-les aux Imam\adeh de Chiraz : c’est la même absence de mystère, la même prédilection pour les eaux vives, les beaux ombrages, les aspects riants. La mort y dépouille son appareil terrible pour revêtir la parure d’un sommeil doux et tranquille, et si la Perse antique n’eut pas de temple, peut-on dire que la Perse musulmane ait des monuments religieux? Comparez cette fois la mosquée arabe à la mosquée persane. Dans la première, l’intensité de l’idéalisme de l’Islam arrive à son paroxysme. L’élancement des minarets et du dôme s’accuse irrésistible et hautain. Sous les voûtes, la perspective fuyante des lointains offre asile aux songeries méditatives de l’âme et la polygonie s’étale partout , mettant sous les yeux du fidèle ses visions fugitives variant à mesure que le coin du décor se rapetisse ou s’agrandit. Dans l’enchaînement de l’entrelacs passe la superposition des idées les plus subtiles et les plus nuancées; la philosophie panthéiste de cette nature implacable qui est celle de l’Orient s’y étalé en un lacis de lignes absolues; le

CONCLUSION

renouvellement indéfini des choses qui en est l’essence est rendu par la répétition des mêmes combinaisons polygonales ramenées à des places fixes d’où rien ne peut les enlever. Et la stalactite, métamorphosant encore ces entrelacs en rosaces sphériques, les projette dans l’espace comme pour en dissimuler le squelette et ne laisser que le symbolisme au regard.

Rien de tout cela dans l’architecture de la Perse islamique, point de stalactites, point de perspective troublante, point de polygonie , point de superposition d’entrelacs; mais des voûtes sous lesquelles on ne ressent aucun vertige, un décor gai, des profondeurs dépourvues de mystère, de l’ombre et de la fraîcheur. Là encore le sentiment de l’infini est absent, et l’esprit ancien revit tout entier dans la doctrine nouvelle. Puis c’est le type de l’arabesque florescente adopté par l’artiste dans toute ornementation. S’il agit ainsi, ce n’est point par ferveur religieuse, puisque l’école de peinture est là pour prouver qu’il n’a eu cure de la prétendue interdiction contenue dans Yhadith. Et cette peinture enfin, avec ses sujets favoris, les grandes chasses à courre et les conversations galantes, ne ditelle pas aussi l’hérédité d’un peuple dont les premiers bas-reliefs représentent Vararhan et sa favorite ou Khosroës chassant au marais?

Voilà les vrais points de contact entre l’art de la Perse antique et celui de la Perse musulmane. Ceux qui relient ce dernier à l’art arabe sont tout aussi indécis , et c’est bien à tort que l’on s’est efforcé de retrouver en lui les principes du style adopté par les artistes au service de la cour de Baghdad : c’est plutôt

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le contraire qu’il faudrait chercher. L’art arabe naît en Égypte, se développe en Syrie, et la Perse lui demande ses premiers linéaments. Il ne s’ensuit pas cependant que l’art persan n’ait pas une vie propre et ne soit qu’une imitation servile. Ces premiers linéaments, il les transpose à sa guise; il leur donne une physionomie nouvelle et ainsi se crée une physionomie à lui. A la longue, les influences étrangères le repétrissent et lui impriment une tournure qui, de plus en plus, s’écarte des principes de son origine. Il acquiert une extraordinaire intensité de vie, et l’on peut sans exagération dire que sa renaissance doit être considérée comme l’une des grandes étapes de l’art oriental. A cet instant, il a su mettre son empreinte sur tout ce qui, de près ou de loin, a relevé de l’industrie artistique : céramique, boiserie, verrerie, ferronnerie, bijouterie, joaillerie, armurerie et équipements. Cet ensemble parfait ne se rencontre qu’aux heures où une formule est en concordance absolue avec les instincts d’une race, et c’est à lui seul que l’on reconnaît l’aséité d’un art.

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