‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 109 sur 150 · Œuvres; Grands Ecriv., t. X, p. 180-I · texte numérisé non relu

Œuvres; Grands Ecriv., t. X, p. 180-I

En 1676,1e poète septuagénaire s'imaginait bien être comme jadis le Corneille du Cidu^. <^ Horace. Il traduisait alors en beaux alexandrins la phrase brève et fière qu'on lui attribue : " Ne suis-je pas toujours le Grand " Corneille?" On venait déjouera Versailles presque tous ses chefs-d'œuvre : Cinna, Pompée, Horace, Sertoritis, Œdipe, Rodogune. Corneille remercia Louis XIV de lui avoir accordé ce regain de gloire ; puis, après avoir imploré la faveur royale pour OtJion, Suréna, Sophonisbe, même pour Agésilas et Attila, le grand tragique annonce qu'il n'atteindra pas les cent ans de Sophocle. Ces vers où Corneille " rallume son " audace ", sont peut-être les plus touchants qu'il ait écrits :

" Je n'irai pas si loin ; et si mes quinze lustres

" Font encor quelque peine aux modernes illustres,

" S'il en est de fâcheux jusqu'à s'en chagriner,

" Je n'aurai pas longtemps à les importuner.

" Quoi que je me promette, ils n'en ont rien à craindre :

" C'est le dernier éclat d'un feu prêt à s'éteindre ;

" Sur le point d'expirer, il tâche d'éblouir,

" Et ne frappe les yeux que pour s'évanouir... (') "

Corneille ne devait plus redevenir ce que Boileau lui souhaitait d'être encore. Son génie gardait des éclairs ; mais c'étaient les derniers rayons d'un beau soir. Corneille n'était plus à soixante-quinze ans ce qu'il fut à trente. La poésie et les succès, même " aux " âmes bien nées ", se mesurent d'ordinaire " au nom- " bre des années. " La Grange, poète dramatique, applaudi dès l'âge de 14 ans, et témoin de la " vieil- " lesse chagrine " de Boileau, eut raison d'écrire dans une Epître sur Le déclin du génie poétique :

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