I. Œuv., Ibid., t. X., p
... Le blond Apollon, parmi ses favoris,
N'admet point de mortel avec des cheveux gris.
Considère Corneille. Eut-il, dans sa vieillesse,
Cette ardeur qu'autrefois lui donnait sa jeunesse?
Toi-même avec le Cid., les Hû}-aces, Cin?ia,
Compare Pidchérie^ Otho7i et Siirhia,
Peux-tu croire, en voyant leur différente course,
Que les divers ruisseaux coulent de même source?
Ne cherche pas si loin. Vois comme, de nos jours.
Les exemples vivants confirment mes discours.
Ce fameux Desprcaux, dont la bouillante audace
Aux vices de son temps ne fit jamais de grâce,
A-t-il la même force, a-l-il la même voix,
Qu'il avait à chanter le plus grand de nos Rois?
Dans l'ardeur de ses ans vois l'ardeur qui l'enflamme,
Et lis, sur son déclin, sa dernière épigramme :
Y reconnaîtras-tu le vainqueur des Cotins,
La terreur des Pradons, l'effroi des Chapelains ?
Moi-même dont la Muse et naissante et timide
N'oserait prendre encor son vol le plus rapide,
Malgré tant de rivaux à ses pieds abattus,
J'admire ce grand homme, et je ne le crains plus ('). "
Les ans en sont la cause! Segrais disait aussi, vers la même date : " Les dernières poésies de Despréaux " sentent l'esprit épuisé; ce n'est plus que de la bais- " sière, et il se copie lui-même (^). " Corneille et Despréaux, au crépuscule de leur vieillesse chenue, pouvaient réciter et méditer le monologue de don Diègue: " O vieillesse ennemie ! ... " Le génie, comme l'année, donne ses fleurs et ses fruits jusqu'à l'automne. Au-delà, c'est l'hiver. Mais il est difficile et dur au génie vieilli de se persuader qu'il est en " baissière " . En 1670, Corneille, nous l'avons dit, se croyait encore dans sa force; Loret et sa Mitse historique le croyaient comme lui, et chantaient à propos de Tite et Bérénice :