‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 114 sur 150 · VIP Réfl. crif. sur Longin · texte numérisé non relu

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train contre Corneille ; et si l'on peut s'en fier aux notes d^Addison, il aurait, par devant l'auteur des Musœ Aiiglicanœ, rabaissé outre mesure le Corneille du Cid et ^Horace (').

Brossette accuse très explicitement les sympathies de Boileau pour Racine. Il le fait, à propos du quatrain composé par Despréaux :

' ' Pour mettre mi bas du portrait de M. Racine : " Du théâtre français l'honneur et la merveille, " Il sut ressusciter Sophocle en ses écrits ; " Et dans l'art d'enchanter les cœurs et les esprits, " Surpasser Euripide et balancer Corneille. " Notre auteur avait d'abord disposé son vers ainsi : " Balancer Euripide et surpasser Corneille ; et il ne " le changea que pour ne point irriter les partisans " outrés de Corneille. — je ne serais point fâché, " disait-il, que dans la suite des temps quelque critique " se donne la licence de rétablir mon vers de la manière " que je l'avais fait.

Ce critique viendra-t-il ?

Ce que Boileau n'a pu ou voulu dire à la louange de Corneille, Racine l'a dit en pleine Académie, avec un désintéressement au-dessus de tout éloge. Il faudrait reproduire la moitié du discours qu'il prononça, le jour de la réception de Thomas Corneille, " ce cadet de " Normandie ". Une phrase suffira ; elle résume le panégyrique de l'auteur de Polyeucte par l'auteur à'Athalie .• " La France se souviendra avec plaisir que, " sous le plus grand de ses rois, a fleuri le plus grand " de ses poètes. "

I. " He talked very much of Corneille, allowing him to be an excellent " poet, but at the same time none of the best tragic writers; for that he " declaimed too frequently, and made very fine descriptions often when " there was no occasion for them. "

{Lettres dAddison, décembre 1700.)

Naturellement Fontenelle, en bon neveu, porte le même jugement de son oncle Pierre Corneille ; il prétend même, sur ses vieux jours, que son opinion est celle de tout le monde, ou à peu près : " Corneille a la " première place, Racine la seconde. On fera, à son " gré, l'intervalle entre ces deux places un peu plus " ou un peu moins grand... Il peut être incertain que " Racine eût été, si Corneille n'eût pas été avant lui ; " il est certain que Corneille a été par lui-même ('). "

Un autre Normand, poète, Segrais revendiquait sur le même ton le même rang pour son compatriote : " Les cabales ne servent de rien pour faire valoir des " ouvrages. L'on verra dans 30 ou 40 ans {'), si l'on " lira ceux de Racine comme on lit présentement ceux " de Corneille, qui ne vieillissent pas ; c'est le père du " théâtre français. Racine n'a travaillé qu'après lui, et " que sur son modèle ; et il ne l'a pas surpassé, quoi " que ses partisans en veuillent dire. Il n'aurait pas " si bien réussi que Corneille, s'il s'était trouvé dans " son temps et à sa place... Il y a plus de matière dans " une seule des scènes de Corneille qu'il n'y en a dans " toute une pièce de Racine (5)."

La Motte est tout à fait de ce sentiment : " Quelque " gloire qui soit due à Racine, il ne peut jamais que " marcher après Corneille. C'est à ce restaurateur de " la Tragédie parmi nous (pourquoi ne pas dire l'in- " venteur, puisqu'il a créé un nouveau genre ?), c'est " à lui que nous devons ceux qui l'imitent, ceux qui " l'égalent, ceux même qui le surpasseraient. J'ai " peine à croire que Racine, venant le premier, eût

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