Rec. des Âarançues, etc., t. II, p. lil
" Pour inoi, qui jusqu'ici nourri dans la satire, " N'ose encor manier la trompette et la lyre,
On croirait ouïr l'aveu modeste de Vauquelin : " Je n'ose, de ma part, ni confesser, ni dire, " Qu'un vers je puisse bien fredonner sur la lyre ('). "
L'humilité poétique de Boileau fait sourire Desmarets : " Il ne l'ose pas encore et ne l'osera jamais. Car " il ne sait pas même par où commencer. Et comment " ose-t-il se mêler d'enseigner aux autres à manier la " trompette, c'est-à-dire le Poème Épique, dont il ose " donner les règles, puisqu'il n'ose pas la manier lui- " même ? Aussi en concluant son Ar/ Poétique, il se " à\\. pliLs enclin à blâmer que savant à bien faire if). " Boileau laissa en effet le clairon héroïque aux Desmarets, Chapelain, Scudéry, etc. Mais il osa, quelque vingt ans après, manier la lyre, " en tâchant de faire '' une Ode en français, à la manière de Pindare, c'est- " à-dire pleine de mouvements et de transports, où " l'esprit parût plutôt entraîné du démon de la poésie, " que guidé par la raison {f). " Holà !...
Débuter dans la carrière lyrique, aux abords de la soixantaine, c'est débuter bien tard ; en ce cas. mieux vaut jamais. Boileau n'aurait dû faire retentir d'autre instrument que le fouet satirique. Le bon La Fontaine, plus que septuagénaire, annonçait au Duc de Bourgogne, âgé de huit ans, qu'il espérait chanter bientôt la gloire de ce héros futur :
" De la chanter sur la musette,
" C'est mon talent ; mais je m'attends
" Que mon héros dans peu de temps
" Me fera prendre la trompette (4). "
Il s'en tint à la musette ; et il fit bien,
I. Art Poét.^ L. III. — 2. La dé/, etc., p. io6. — 3. Disc, sur P Ode, — ■ 4. Fab., L. XII.
" Vous me verrez pourtant, dans ce champ glorieux, " Vous animerdu moins de la voix et des yeux ;
Sans doute. Mais prenez garde aussi de vous appeler Cotin, ou Pradon. Boileau n'encourage guère ; c'est là son moindre défaut. Et malheur aux ouvrages sots ou médiocres, fussent-ils même à la louange du Grand Roi. Tandis que Perrault lisait son Siècle de Louù le Gra7id, aux applaudissements de tous les immortels, sauf " deux ou trois ", Boileau fut loin de l'encourager " de la voix et des yeux ". " Le jour " qu'on y lut (à l'Académie) le poème du Siècle de " Louis le Grand, — vous le blâmâtes hautement et " même d'une manière un peu scandaleuse, pendant " que l'Assemblée, composée des Académiciens et de " ce grand nombre de gens qui ont accoutumé de s'y " rendre tous les jours de cérémonie, témoignait en •' être satisfaite ('). "
L'auteur des Sarrasins eût voulu que Boileau mît en pratique sa résolution d' " animer" les autres, à la condition que Boileau s'en tînt là : il lui faisait en conséquence cette remontrance amicale: "Contentez-vous " d'aninier les autres, de peur que vous n'alliez encore " faire rimer fuiHbond à jambon{^), et qu'au lieu de " chaîiter la gloire de notre Monarque, vous la dictiez: " MtLses dictez sa gloire... {^). "
" Vous offrir ces leçons que ma muse au Parnasse " Rapporta, jeune encor, du commerce d'Horace ;
Boileau, par cet aveu, prévient la critique à laquelle
1. Lettre de M. Perrault, en réponse au Disc, sur VOde; Éd. Saint- Marc, t. II, p. 319-320.
2. Boileau s'était rendu coupable de ce forfait, dans leLtitrin (I, 120.) Boileau se corrigea. (V. B. S. -P. t. I, p. XC.)