‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 18 sur 150 · Préface des Plaideufs. — 3. Préface · texte numérisé non relu

Préface des Plaideufs. — 3. Préface

" des pensées de Térence, à laquelle ils avaient si '■ bonne part, aux jeux de mots et aux plaisanteries " grossières de Plaute, qui n'étaient propres que pour " faire rire le peuple sans goût; au lieu que Térence " était destiné pour réjouir tous les esprits fins et déli- " cats. Cependant Plaute ne laissa pas de conserver ses " partisans, qui disaient hautement qu'il était plus vif '■ et plus comique que Térence. Mais il n'eut pour lui '■ que la populace du Parnasse, et tous les esprits éle- " vés furent pour Térence (').

" l'aime sur le théâtre un agréable auteur

" Qui, sans se diffamer aux yeux du spectateur,

" Plait parla raison seule, et jamais ne la choque.

La raison seule. Boileau se répète, ou, si l'on veut, s'affirme une fois de plus. " Aimez donc la raison, et " que tous vos écrits empriuitent ({elle seule... etc.. '' La raison dans la poésie, la raison dans la rime, la raison même dans la plaisanterie. Ses autres préceptes et conseils peuvent venir de sa mémoire ; celui-là vient ensemble de son génie et de cette atmosphère de sagesse et de mesure que Boileau respirait.

On peut critiquer le mot " seule " qu'il accole, par deux fois, à " raison ". C'est une exagération ici, comme au premier chant, si on le prend à la lettre. Mais je m'imaginerais volontiers que Boileau exagère, pour mieux rendre sa pensée et pour être mieux entendu. *

" Mais pour un faux plaisant, à grossière équivoque,

Ce faux plaisant que Boileau condamne est, suivant Brossette, " Montfleury, le jeune, auteur de la Femme

r. Hist. poét., etc. p. 39 et 40.

Nous renvoyons les lecteurs aux compilations de Baillet sur Plaute et Térence. On trouve là toutes les appréciations des siècles xvi'^ et XVI F sur les deux comiques. Il en est de fort singulières.

^^ jttge et partie et de quelques autres Comédies sem- " blables ". Brossette qui le désigne ainsi raconte au même lieu, que Colbert ('), entendant Boileau lire devant lui \ Ai't Poétique, appliqua ce vers à un autre comédien et s'écria : Voilà Poisson, voilà Poisson {'') !

Racine jugeait comme Boileau les " grossières équi- ' voques ".Il s'applaudit, dans la préface des Plaideiirs. d'avoir respecté les oreilles délicates de ses auditeurs et de n'être pas tombé en un défaut malheureusement trop commun : " Ce n'est pas que j'attende un " grand honneur d'avoir assez longtemps réjoui le " monde. Mais je me sais quelque gré de l'avoir fait " sans qu'il m'en ait coûté une seule de ces sales éqiii- " voques et de ces malhonnêtes plaisanteries qui coû- " tent maintenant si peu à la plupart de nos écrivains, " et qui font retomber le théâtre dans la turpitude d'où " quelques auteurs plus modestes l'avaient tiré.

Vingt ans après la publication de X Art Poétique, Boursault osa prétendre que ces plaisanteries misérables et révoltantes avaient disparu du théâtre français. Bossuet s'indigna de cette affirmation et condamna les licences regrettables que se permit Molière, lequel, disait Bossuet en 1694, " remplit encore à présent " tous les théâtres des équivoqtLes les plus grossières " dont on ait jamais infecté les oreilles des chré- " tiens (^). " Molière imitait en cela ses vulgaires et infimes collègues; mais ce n'est point une excuse. Son génie devait lui suffire et il n'aurait pas dû s'abaisser à

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