Mal. Iinag. Acte III, se
l'art poétique. — III. 4
En aucun siècle, on ne se moqua davantage, ni même autant, de ces assassins très honorables. Furetière définissait le médecin : " Un homme que l'on paie, " pour conter des fariboles dans la chambre d'un ma- " lade, jusqu'à ce que la nature l'ait guéri, ou que les " remèdes l'aient tué (').
Boileau avait été éclaboussé dans les rues (il le dit) par le cheval du médecin Guénaut; il avait fait la rencontre funeste de Guénaut, de Rainssant, de Brayer, plus tristes que la fièvre. Cyrano les rencontra aussi, eux ou leurs confrères, et là-dessus, il écrivit: " En " vérité je pense que de songer seulement, quand on " dort, qu'on rencontre un médecin, est capable de " donner la fièvre. A voir leurs animaux étiques, affublés " d'un long drap mortuaire, soutenir immobilement " leur immobile maître, ne semble-t-il pas d'une bière, " où la Parque s'est mise à califourchon? Et ne peut-on " pas prendre leur houssine pour le guidon de la Mort " puisqu'elle sert à conduire son lieutenant (^)? "
Le vieux Ménage qui mourut " à force de vivre ",
se gausse des donneurs de remèdes : " Je devrais être
" immortel; car les Charlatans et les Médecins n'ont
" pu venir à bout de me faire mourir. J'ai eu jusqu'à
" treize Médecins de la Faculté tout à la fois !" Il a
retenu le bon mot de Benserade, à l'époque oii l'on
faisait des prières pour la santé du roi: " M. de Bense-
' rade, dans un éloge du roi qu'il récitait à l'^A-cadémie,
' dit : Le marchand quitte son négoce pour aller aux
' pieds des Autels ; l'artisan quitte son ouvrage ; le
' médecin quitte son malade, et le malade n'en est
' que mieux {^),
1. Fitretir., 1696, p. 211. — Taschereau attribue cette plaisanterie à Molière. On ne prête qu'aux riches.