‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 32 sur 150 · I. T. I, p. 274 et suiv. - 2. Le Poêle sincère, etc., p · texte numérisé non relu

I. T. I, p. 274 et suiv. - 2. Le Poêle sincère, etc., p

" L'ancienne médecine, qui pendant six à sept " cents ans a été en usage en France, consistait à pré- " venir le mal, à le souffrir avec patience ('), à faire " diète le plus qu'on pouvait, et à joindre à ce régime " quelques remèdes du pays...

" Quelques curieux ayant lu Hippocrate et Galien, " nouvellement traduits en latin, en furent tellement " charmés, qu'ils commencèrent à mépriser la méde- " cine naturelle, et à dire que c'était hasard, si elle " avait guéri quelqu'un... Les étudiants en médecine, '• au lieu de rendre, pour se former, de fréquentes '■ visites aux malades et d'observer soigneusement " l'espèce de la maladie, le degré de sa malignité, et le " remède qui la guérit, s'adonnèrent uniquement à lire " les Grecs et les Arabes ('') ! "

" De méchant médecin devient bon architecte,

" Son exemple est pour nous un précepte excellent.

Dans les éditjons ordinaires et classiques de \ Art Poétique, on se contente d'une petite note jetée à la fin de ce récit ; — note où l'on insère la plaisanterie que Boileau hasarda par devant Colbert. Claude Perrault avait porté plainte au ministre contre cette transparente et cruelle allégorie. Boileau s'excusa, à la manière du Renard par devant Sa Majesté Lionne. " Notre " poète, dit Brossette, ne se défendit que par une " plaisanterie, qui fit rire ce grand ministre : Il a tort de " se plaindre, dit M. Despréaux; je l'ai fait précepte. "

Grâce à ce précepte, Claude Perrault passera indéfiniment, auprès de la jeunesse studieuse, pour un " hâbleur ", un " assassin "; ou tout au moins pour un

1. V. dans La Bruyère, Irène et Y Oracle d'Epidaure. ?.. Mœurs et Coût, des Franc.., p. 103-7. Galien était tellement à la mode, que Loret appelle les médecins les " Galénistes. " (4 oct. 1659.)

très maladroit " docteur de la rhubarbe et du séné ". Sa réputation est consacrée par ces vingt-quatre hexamètres, accompagnés de la dite anecdote, en guise de finale. Et ces deux douzaines de vers, avec la plaisanterie en prose, dureront plus longtemps peut-être que la splendide colonnade du Louvre, chef-d'œuvre du médecin Perrault (').

Claude Perrault (frère de Nicolas, docteur en Sorbonne, et deCharles le défenseur acharné des modernes et l'auteur immortel des Contes de Fées), fut, tour à tour, ou à la fois, médecin, littérateur, naturaliste et anatomiste, mathématicien, architecte, dessinateur, antiquaire très versé dans l'histoire de l'architecture. Cette science quasi-universelle ne doit pas faire oublier sa première profession. Claude Perrault fut médecin, mais non tel que Boileau s'est plu à le dépeindre. Il jouit même d'une si grande estime près de la Faculté, que la Faculté plaça, par honneur, le portrait de cet " assassin " dans ses écoles publiques. Non seulement Claude Perrault eut des droits à cet hommage des médecins, mais il en eut à la reconnaissance de Despréaux ; il le soigna ; et suivant l'affirmation très explicite de Charles Perrault, Claude sauva Boileau de " deux dangereuses maladies (-'). " Le Satirique répondit à cette assertion par l'Épigramme o\i il fait derechef rimer assassin et médecin :

" Ton Oncle (3), dis-tu, l'assassin, " M'a guéri d'une maladie ; " La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin, " C'est que je suis encore en vie. "

1. Boileau affirme que cette colonnade n'est point l'œuvre de Perrault. Mais Boileau n'a point " parlé comme l'histoire. " (V. plus bas.)

2. Lettre de M. Perrault en réponse au discours sur POde. (V. Édit. Saint- M arc ^ t. II).

3. 6>«r/6' figure là pour Frcre^ comme Florence, figure, au début de ce chant, pour Paris.

îl répondit aussi, et plus longuement, en prose : "Il est certain que Monsieur son frère ne fut jamais " mon médecin. Il est vrai que lorsque j'étais encore " tout jeune, étant tombé malade d'une fièvre assez " peu dangereuse, une de mes parentes chez qui je " logeais, et dont il était médecin (') me l'amena ; et " qu'il fut appelé deux ou trois fois en consultation par " le médecin qui avait soin de moi. Depuis, c'est-à-dire " trois ans après, cette même parente me l'amena une " seconde fois, et me força de le consulter sur une " difficulté de respirer que j'avais alors et que j'ai " encore ; il me tâta le pouls, et me trouva la fièvre, " que sûrement je n'avais point. Cependant il me con- " seilla de me faire saigner du pied, remède assez "bizarre pour l'asthme dont j'étais menacé. Je fus " toutefois assez fou, pour faire son ordonnance dès le " soir même (^). Ce qui arriva de cela, c'est que ma " difficulté de respirer ne diminua point, et que, lelen- " demain, ayant marché mal à propos, le pied m'enfla " de telle sorte, que j'en fus trois semaines dans le " lit. C'est là toute la cure qu'il m'a jamais faite, que je " prie Dieu de lui pardonner en l'autre monde (^). "

Il y a loin de cette joyeuse histoire à l'affirmation de Charles Perrault : " Il (mon frère) vous a tiré de " deux dangereuses maladies, avec des soins et une " application inconcevables (■*). " Qui des deux a raison ? Toujours est-il que le médecin Claude avait

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