Lettre du 2 août
"très affectueusement et très solennellement", à la santé de Brossette.
Nous avons gagné à cette querelle amicale un excellent commentaire de Despréaux par lui-même.
" Son ami le conçoit et mande son maçon.
" Le maçon vient, écoute, approuve et se corrige.
Brossette eût mieux fait d'indiquer à son maître, au lieu d'une vétille, la répétition du verbe " approuve ", qui ressemble fort à une négligence :
^' Aj>/>roufe VescaMer... (v. 17.) *' Approîive et se corrige. " (v, 19.)
" Enfin, pour abréger un si plaisant prodige,
Pradon fait encore le difficile : " Que veut dire : " Abréger un prodige ? Il veut dire : pour ne pas en- " nuyer le lecteur d'un si plaisant prodige ; urèXsabré- '' ger un si plaisant prodige, est une expression que je " ne crois pas française (')." Pradon n'a point tort, mais Boileau a eu raison de hasarder une de ces ellipses, " qui disent si bien et avec une vitesse heureuse (^).
" Notre assassin renonce à son art inhun:iain ;
Vocation bien soudaine; mais, chose non moins singulière, c'est que ces vocations ne sont nullement inouïes dans les fastes de la médecine. Vigneul-Marville démontre, l'histoire en main, que les médecins " s'écartent aisément de leur profession. " Il cite à l'appui de cette thèse, au moins vingt-cinq docteurs de quelque renom, négligeant la cure de X Iminanité soufrante, pour se livrer à de tout autres études; témoin le médecin Scaliger s'occupant de critique et
T. A'''" Rem., etc., p. 96. — 2. V. Note du v. 17.
de poétique, le médecin Nostradamus se jetant dans l'astrologie judiciaire.
Vers la fin de sa liste, Vigneul-Marville inscrit le nom de Perrault. Il dit : " Petit, médecin de Paris, a " publié un traité De fîirore poetico et un recueil de " ses Poésies. Perrault, médecin, et depuis architecte, ' a traduit Vitruve de latin en français, et a donné des " leçons publiques de géométrie et d'architecture ('). " Le bon chroniqueur avance une ou deux raisons métaphysiques de ces changements de profession chez les disciples d'Esculape. Nous lui en abandonnons le mérite, ou la responsabilité.
" Et désormais la règle et requerra à la main, " Laissant de Galien la science suspecte,
'' Suspecte'\- c'est ainsi que Bonnecorse lui-même l'apprécie et la définit, en des vers que nous nous garderons de qualifier :
" Galien vint enfin, dont la fatale plume " Sur les fausses humeurs composa maint volume; " C'est par ces beaux écrits qu'il leur est ordonné " De farcir nos boyaux de casse et de séné. "
Le chanoine Le Gendre traitait aussi de suspects Galien et ses livres; mais il en donnait des raisons plus graves que celles du poète marseillais. On reconnaîtra sous la plume sérieuse de l'historien la note satirique de ses contemporains Despréaux et Molière :
Moins il y a de médecins dans un pays, mieux on " s'y porte. Pendant les cent années qu'ils furent " exilés de Rome, il y mourut bien moins de monde " qu'il ne faisait auparavant; et on remarque qu'en
Moscovie, oi^i il n'y a encore aujourd'hui ni médecins " ni apothicaires, on y vit plus longtemps qu'ailleurs.