‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 36 sur 150 · I. Le poète sans fut^d., Sut, IL · texte numérisé non relu

I. Le poète sans fut^d., Sut, IL

Hélas! ces gens-là n'écoutent ni Boileau, ni La Bruyère, ni le bon sens, pas même Gacon leur confrère. La Fontaine perdrait son temps à crier au sire

Baudet :

" Ne forcez point votre talent ! "

Boileau (qui l'eût cru) dut un jour se faire passer pour... " maçon ". C'est Louis Racine qui raconte le fait (') : " Boileau, allant toucher sa pension au Trésor " royal, remit son ordonnance à un commis, qui y " lisant ces mots :

" La pension que nous avofis accordée à Boileau, à cause de la " satisfaction que ses ouvrages nous ont donnée,

" lui demanda de quelle espèce étaient ces ouvrages. " — De maçonnerie, lui répondit-il; je suis un archi- " tecte. " Si Perrault eût été là, Perrault eût bien ri. Senecé répète Boileau, pour encourager les rimeurs à prendre la truelle. Il leur propose l'exemple du dieu qu'ils invoquent, Phébus-Apollon jouant au maçon avec Neptune :

" Notre dieu, que le sort privait de tout appui,

" S'associe à Neptune, exilé comme lui ;

" Et cette même main, dont la savante adresse

" Par les sons de sa lyre arrêtait le Permesse,

" Et charmait les neuf Sœurs sur le sacré coteau,

" Empoigne la truelle et saisit le marteau.

" Infortunés rimeurs, manœuvres du Parnasse,

" De la Muse françoise inépuisable crasse,

" Si la Parque en ce temps avait filé vos jours,

" Vous eussiez àPhébus été d'un grand secours.

" J'en sais tel d'entre vous, aux épaules carrées,

" Robuste, bien membru, nerveux, aux mains serrées,

" Qui, d'ailleurs inhabile à ses doctes chansons,

" Eût été merveilleux pour un aide à maçons (^). "

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