I. Le poète sans fut^d., Sut, IL
Hélas! ces gens-là n'écoutent ni Boileau, ni La Bruyère, ni le bon sens, pas même Gacon leur confrère. La Fontaine perdrait son temps à crier au sire
Baudet :
" Ne forcez point votre talent ! "
Boileau (qui l'eût cru) dut un jour se faire passer pour... " maçon ". C'est Louis Racine qui raconte le fait (') : " Boileau, allant toucher sa pension au Trésor " royal, remit son ordonnance à un commis, qui y " lisant ces mots :
" La pension que nous avofis accordée à Boileau, à cause de la " satisfaction que ses ouvrages nous ont donnée,
" lui demanda de quelle espèce étaient ces ouvrages. " — De maçonnerie, lui répondit-il; je suis un archi- " tecte. " Si Perrault eût été là, Perrault eût bien ri. Senecé répète Boileau, pour encourager les rimeurs à prendre la truelle. Il leur propose l'exemple du dieu qu'ils invoquent, Phébus-Apollon jouant au maçon avec Neptune :
" Notre dieu, que le sort privait de tout appui,
" S'associe à Neptune, exilé comme lui ;
" Et cette même main, dont la savante adresse
" Par les sons de sa lyre arrêtait le Permesse,
" Et charmait les neuf Sœurs sur le sacré coteau,
" Empoigne la truelle et saisit le marteau.
" Infortunés rimeurs, manœuvres du Parnasse,
" De la Muse françoise inépuisable crasse,
" Si la Parque en ce temps avait filé vos jours,
" Vous eussiez àPhébus été d'un grand secours.
" J'en sais tel d'entre vous, aux épaules carrées,
" Robuste, bien membru, nerveux, aux mains serrées,
" Qui, d'ailleurs inhabile à ses doctes chansons,
" Eût été merveilleux pour un aide à maçons (^). "