‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 5 sur 150 · I. Disc, sur la Poés. et sur F Ode · texte numérisé non relu

I. Disc, sur la Poés. et sur F Ode

" autres ceuxde Plutarque ('), ils se trouveraient de plus " grands. poids que lesonze comédies d'Aristophane(^)". M. de Callières, pour régler le différend, distribue un corps d'armée à chacun des deux poètes.

■ ' Chacun, peint avec art dans ce nouveau miroir, " S'y vit avec plaisir ou crut ne s'y point voir : ■' L'avare, des premiers, rit du tableau fidèle " D'un avare souvent tracé sur son modèle,

Ménandre a-t-il mis en scène un " avare " f c'est possible. Mais l'avare est un des types communs de tous les temps, Boileau admirait L' Avare de Molière ; il assistait avec délices aux exhibitions àH Harpagon. Il y était des plus assidus, lisons-nous dans le Bolœana. — " Je vous vis dernièrement, lui dit Racine, à la " pièce de Molière H Avare ; et vous riiez tout seul " sur le théâtre. — Je vous estime trop, lui répondit " son ami, pour croire qui vous n'y ayez pas ri, du " moins intérieurement (^). "

Molière, le plus fameux représentant de la Comédie, dite nouvelle, eut cette gloire de voir assister à ses pièces et en jouir ceux-là mêmes dont il ridiculisait les défauts. Boursault le constate. Dans le Portrait du peintre (c'est-à-dire de Molière lui-même), Boursault fait dire par Dorante que les originaux de Molière riaient des premiers, à voir leurs copies sur la scène :

'• Oui, j'en sais de ravis qu'on leur fasse la guerre ;

•' Témoin trois, l'autre jour, qu'on nommait du parterre ;

" Et qui, dans une loge où chacun les voyait,

" Riaient comme des fous de ce qu'on les jouait (•*). "

I. " Dans la comparaison de Ménandre et d'Aristophane ". — 2. Hist. Poét. etc., p. 34-5.— 3. V. Œxiv. de Mol., Édit. des Gr. Écriv., t. VIL— 4. Se. VI, y. Fournel, Cont. de Mol., t. I, p. 147,

Un autre adversaire de Molière a consigné aussi ce curieux succès : " N'est-ce pas une chose étrange que " des gens de qualité souffrent qu'on les joue en plein " théâtre, etqu'ils aillent admirer les portraits de leurs " actions les plus ridicules (') ! "

Perrault lui rend aussi ce beau témoignage : " Jus- " que-là. il y avait eu de l'esprit et de la plaisanterie " dans nos Comédies ; mais Molière y ajouta une grande " naïveté, avec des images si vives des mœurs de son " siècle et des caractères si bien marqués, que les '' représentations semblaient moins être des Comédies " que la vérité même; chacun s'y reconnaissait, et plus " encore son voisin, dont on est plus aise de voir les " défauts que les siens propres ('). "

Boileau attribuait aussi ce mérite à Molière. Jean- Baptiste Rousseau écrivait, dix-sept ans après la mort de Boileau : "Je me souviens... d'avoir oui nommer à ' feu M. Despréaux deux bourgeois, connus dans ' Paris, sur lesquels Molière avait pris l'idée des deux ' dernières pièces que je viens de nommer (le Bour- ' geois Gentilhoimne et le Malade imaginaire). Ce ' grand homme observait tout ce qu'il voyait et faisait ' son profit des moindres choses qu'il entendait dire ; ' un mot, un seul trait lui en faisait imaginer plusieurs ' autres du même genre et de la même nuance; et de ' tous ces traits rassemblés se formait dans sa tête un ' caractère uniforme, auquel il joignait tout ce qu'il

* croyait le plus capable de le faire paraître et de le ' mettre en action. Voilà, Monsieur, de quelle manière ' M. Despréaux m'a raconté que Molière a composé

• ses pièces {f).

1. Zélinde^ Vérit. Crit. de PEcole des F. Cf., Fournel, Ibid.

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