‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 4 sur 150 · V. 2Ô9, etc · texte numérisé non relu

V. 2Ô9, etc

de Trissotin : " Aristophane, lui disait-il, ne détruisit " point la réputation de Socrate, en le jouant dans une " de ses farces, et ce grand philosophe n'en fut pas " moins estimé de toute la Grèce ('). "

' ' Enfin, de la licence on arrêta le cours :

" Le magistrat, des lois emprunta le secours,

Le magistrat des lois... " Méchante césure", dit Desmarets (^). Et Pradon, avec un demi-sourire : " Belle césure (f). "

Le repos de l'hémistiche est en effet peu accentué. Mais avec l'orthographe poétique adoptée par toutes les éditions anciennes, et portant une virgule après magistrats, la coupe du vers est harmonieuse et suffisante. Berriat Saint-Prix reproche aux éditions récentes d'avoir retranché la virgule ; plusieurs en effet l'ont omise, au dam, non de la grammaire, mais de la

prosodie.

" Et, rendant par édit les poètes plus sages, " Défendit de marquer les noms et les visages.

Boileau indique implicitement la Comédie Dioyenne. La Comédie ancienne appelait par leur nom les gens satirisés dans les pièces ; et de plus, on les représentait avec des masques ressemblants. La loi des Trente tyrans, ou de Lamachus {f), bannit ces libertés, dont le poète se faisait une arme terrible contre les démagogues. La Parabase, où l'auteur, s'adressant directement au peuple, lui donnait de vertes leçons, fut également supprimée.

Vauquelin, selon sa coutume, établit un rapprochement entre la Comédie athénienne et notre vieille

I. V. Taschereau, Vie de Molûre, note du Livre III. — 2. La défense^ etc., p. ICI. — 3. Remarques^ etc., p. 95. — 4. 404 av. J.-C.

Comédie française. Il y montre que " le français né " malin " doit, comme " le grec né moqueur ", être contenu dans les " limites permis du soulier comique " :

" Ainsi, dedans Paris, j'ai vu par les collèges {') " Les sacrilèges être appelés sacrilèges, " Es jeux qui se faisaient, en nommant franchement " Ceux qui de la grandeur usaient indignement... " Mais cette liberté depuis étant restreinte, / " Mille gentils esprits, sentant leur âme atteinte

" De la divinité d'Apollon, ont remis " Le soulier du comique aux limites permis ; " Fuyant d'Aristophane, en médisant, la faute, " Et prenant la façon de Térence et de Plaute, etc. (^). "

Desmarets saisit l'occasion des deux vers de Boileau, pouf adresser à l'auteur un reproche qu'on ne s'attendait guère de trouver en ce lieu: " L'auteur des Satires " s'avertit ici lui-même de devenir plus sage, au moins ' par les lois du magistrat d'Athènes, pour ne nommer •' plus personne, puisqu'il ne peut être retenu par les " lois chrétiennes (').

" Le théâtre perdit son antique fureur ; " La comédie apprit à rire sans aigreur, " Sans fiel et sans venin sut instruire et reprendre,

Boileau définit la Comédie nouvelle, qui se contenta de mettre en scène des caractères généraux, et ne se permit plus les personnalités et les audaces de la Comédie politique.

" Et plut innocemment dans les vers de Ménandre.

" Innocemment ", c'est-à-dire sans invectives contre des personnages réels et vivants. " Ménandre, comme " s'exprime La Motte, réduisit à une peinture innocente

I. Les confréries théâtrales.— 2. L. IIL — 3. La défense, etc., p. ici.

" des mœurs la Comédie où régnait auparavant la ." médisance ('). " Il ne s'agit pas ici d'une vertu morale dont la Comédie de Ménandre se mit peu en peine, si l'on en juge par les traducteurs et imitateurs latins. Des pièces grecques de ce poète il ne nous reste que des fragments.

On a écrit que Boileau parle de Ménandre " en " l'air ": ce qu'il en dit ne s'applique pas plus à Ménandre qu'à n'importe quel auteur illustre de la Comédie de caractère. Ménandre n'était pas plus connu au xvii^ siècle qu'au nôtre ; mais Térence, son translatettr, faisait l'admiration des hommes de lettres ; c'est ce qui valut au vieux comique athénien l'éloge que Fénelon lui jette en passant : " Ménandre avait donné à celui-ci " (Térence) un goût pur et exquis. "

\^2LGîierre poétique de Callières nous montre Ménandre placé par le xvii" siècle sur la même ligne qu'Aristophane : " Les poètes comiques furent aussi " divisés entre eux. Ceux de l'ancienne Comédie grec- " que déférèrent le commandement à Aristophane, et " ceux de la nouvelle à Ménandre. Aristophane, avait " pour lui l'avantage du nombre des troupes qu'il pou- " vait conduire au service de la cause commune, compo- " sées d'onze pièces complètes, de près de deux mille " vers chacune ; au lieu que les troupes de Ménandre " avaient été tellement ruinées par le temps, qu'il ne lui " restait plus que quelques fragments, à peine suffisants ' ' pour en former une compagnie de cent vers. Sur quoi " ses partisans dirent qu'il n'était pas question de comp- " ter ses vers, mais de les peser, et que ces précieux " restes étant mis dans une balance d'un côté, avec les " témoignages de tous les critiques anciens, et entre

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