‹ L'Art poétique de Boileau, commenté (volume 2)Chapitre 61 sur 150 · ZvV/., p. 4g. — 3. P>oiIeau · texte numérisé non relu

ZvV/., p. 4g. — 3. P>oiIeau

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" Que c'est être savant que trouver à redire, " Qu'il n'appartient qu'aux sots d'admirer et de rire ; " Et qu'en n'approuvant rien des ouvrages du temps, ■ " Il se met au-dessus de tous les autres gens ('). "

Vers la même époque, La Fontaine criait aux censeurs jaloux et sots, en leur contant l'histoire du Serpent et de la Lime :

" Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,

" Qui, n'étant bons à rien, cherchez surtout à mordre. "

C'est bien la le fait des impuissants ; " la critique " est aisée " ; et elle leur est douce. Armande avait parfaitement défini les habitudes de ces gens-là dans le programme de son Académie :

" Nous serons, par nos lois, les juges des ouvrages ;

" Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis ;

" Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nosamis.

'* Nous chercherons partout à trouver à redire,

" Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire (^). "

N'étant bons à rien, ils cherchent à mordre, même l'acier des limes. Gare à leurs dents ! Après Boileau, La Fontaine et Molière, il faut entendre Racine sur le chapitre du critique borné et entêté. Lorsque Boileau écrit :

" U?i Sîibtil ignoratit " Par d'injustes dégoûts combat toute u?ie pièce ^ "

on croirait qu'il vient de relire la première Préface de Britannicîis : " Il n'y a rien déplus injuste qu'un " ignorant : il croit toujours que l'admiration est le " partage des gens qui ne savent rien : il condamne " ^OK^e 7ine pièce, pour une scène qu'il n'approuve pas ; " il s'attaque même aux endroits les plus éclatants, " pour faire croire qu'il a de l'esprit ; et, pour peu que

I. Misanth., acte II, se. 5. — 2. Feiniu. 6'cîî/., acte III, se. 2.

" nous résistions à ses sentiments, il nous traite de pré- " somptueux qui ne veulent croire personne. "

Le Satirique, le Comique et le Tragique prêtent exactement les mêmes allures d'esprit au sot lettré et suffisant. Ils le connaissaient tous trois, mieux que par ouï-dire. Combien de fois Molière n'avait-il pas vu son Marquis dédaigneux, qui juge et condamne " toute une " pièce ", par ces quatre mots, accompagnés d'un éclat de rire : " Tarte à la crème !

Les œuvres de Despréaux eurent cethonneur dano-ereux de passer au laminoir de censeurs à '' débile vue'' :

" Des prétendus défauts échappés à sa plume

" Il a vu contre lui s'enfanter un volume ;

" Perrault les marqua tous. Mais tous les bons esprits

" N'en ont pas moins aimé ni vanté ses écrits;

" Et, loin de les blâmer, ses licences hardies

" Sont du bon goût encor tous les jours applaudies ('). "

Pradon ne partage point cet avis optimiste. Dans la préface de son Triomphe, il se fâche de voir que Boileau ait tenu si peu de compte des boîis conseils qu'on lui a prodigués. Pradon en est désolé; il se voit obligé de revenir à la charge : " Je m'étais persuadé, avec " quelque apparence, que l'auteur Satirique dans une " seconde édition, ne manquerait pas de corriger ses " ouvrages ; mais puisqu'il ne s'est pas voulu donner " cette peine, je crois qu'il est à propos de la prendre " pour lui.

Quelle désinvolture !

" Ses conseils sont à craindre ; et si vous les croyez, " Pensant fuir un écueil, souvent vous vous noyez.

L'Abbé de Villiers, qui savait son Boileau presque aussi bien que Brossette, adressait au futur prédicateur des règles calquées sur tout ce passage :

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