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I. La Bruyère, Caract. Chap. I

PROLEGOMENES. 11

comment se fait la poésie. Ces recueils de lois n'apprennent guère leur métier aux vrais artistes ; mais ils sont utiles, à titre de mémoires, d'études, d'indications ; et plusieurs sont, en plus, considérés comme des chefs-d'œuvre.

Ces législations après coup se retrouvent dans chacune des littératures. Partout où fleurissent un Eschyle, un Sophocle, voire un Aristophane, il nait un Aristote. C'est une loi, ou plutôt un fait. Horace écrit sa lettre aux Pisons, près de Virgile et de Varius qui chantent des bergers ou des héros.

Castelvetro et Piccolomini, après Vida et Scaliger, régentent les confrères du Tasse ; Lope de Vega déjà vieux se fait sa Poétique à lui-même, qui est un peu celle de Calderon ; Pope écrit son Essai on Criticism, tandis que l'Angleterre applaudit Dryden et Milton ; les prédécesseurs de Goethe et de Schiller recevaient, au xvii^ siècle, en la docte Allemagne, les doctes leçons de V^ossius, et de Heinsius éditeur d'Aristote.

Quant aux faiseurs de Poétiqties françaises, nous en comptons une légion entière, même avant Boileau ('). Le premier, de quelque notoriété, est Eustache Deschanips, écrivain champenois des xiv^ et xv^ siècles, qui écrivit en prose :L'-^r/ de dicter et faire Ballades etc. L'enthousiasme de la Renaissance fit éclore une multitude de ces essais didactiques, calqués sur les lois des Anciens, et appropriés tant bien que mal aux ouvrages des poètes de François I^r, de Charles IX et de Henri I IL

Voici les noms les moins inconnus. Nous signalerons

I. V. P. Goujet, BibliotJi. Franc, t. I, p. 88 et suiv. Nous lui empruntons un certain nombre de titres et de détails ; en rectiliant et complétant 5ÇS indications.

les principales différences entre ces obscures législations et celle de Despréaux qui les efface toutes.

y En 1 547, parut le Jardin de Plaisance et fieur de Rhétoriqtie, édité par le sieur Fabri, ou Le Fèvre.

La première fleur de ce jardin est un Art poétique en vers. Il est divisé en dix chapitres. Il s'étend plus au long: I" sur les rimes, léonines, croisées, et autres, dont Boileau n'a pas cru devoir s'occuper ; 2° sur les petits genres de la vieille poésie nationale, dont Boileau touche à peine deux ou trois, en passant : Chant- Royal, Servantois, Ballade, Rondeau, Lay, Virelay, Chanson, etc.

L'auteur accompagne chaque genre d'un exemple.

iijEn 1548, \ Aj't Poétique de Thomas Sibilet. Il est partagé en deux livres.

Le premier de ces livres traite : 1° De l'excellence de la poésie, riche matière, négligée par Boileau ; — 2° De la rime ; — 3^ Des qualités du style poétique; — 40 De la mesure et du nombre des syllabes, pour les diverses espèces de vers français. Boileau n'en a rien dit.

Le second livre contient les règles : 1° des genres les plus variés ; savoir , comme dit l'auteur lui-même , " De Xépigramme, et de ses usages et différences ; du " sonnet, et de ce qui en doit faire la matière ; du ron- " deau et de ses espèces différentes, comme du triolet " etc. ; de la ballade, du chant-royal et autres chants, " usurpés dans la poésie française ; du cantique, chant " lyrique ou ode, et chanson ; de Xépître et de \ élégie ; " du dialogue et de ses espèces, comme sont Xéglogue, " la moralité, X?^ farce ;du blason, c'est-à-dire des éloges, " ou des satires en vers ; de \2i complainte, de \ énigme " du lay et du virelay ; ., — 2° De la traduction et imitation des poètes anciens; — 3° Des vers non rimes.

PR0L1ÊG0MÈNES. 13

L'auteur prend ses exemples chez Marot. Comme on le voit par cette liste, Sibilet indique presque tous les sujets développés par Boileau.

iiijEn 1549, Joachim du Bellay publia sa Défense et illusti-ation de la langîie française. C'est un manifeste plutôt qu'un traité. Au nom de la Pléiade, le jeune poète Angevin conviait les poètes de France à une réforme. Il les invitait à dédaigner les menues "épiceries" de la littérature gauloise, pour glaner dans les champs de la belle antiquité. Comme Boileau, il est partisan acharné des grecs, des latins, et de leur mythologie.

ivyEn 1554, Claude de Boissières fit paraître un abi'^é de l Art Poétique ; il édita aussi divers ouvrages sur l'arithmétique et l'astronomie. Son code littéraire jouit d'une réputation égale à celle de ses livres de science.

W En 1555, Jacques Pelletier, traducteur de l'art poétique d'Horace, imprime un Art Poétique, réparti en deux livres. Ce qu'on y voit de plus remarquable, c'est tout d'abord la bizarrerie de l'orthographe ; mais on y trouve aussi quelques maximes judicieuses. Pelletier, comme Boissières, était mathématicien.

viy En 1576, Fontaine publie son Quintil- Censeur ; à la fin du volume, se trouve un abrégé de l'Art Poétiqtie réduit en boiine méthode. C'est un résumé du second livre de Thomas Sibilet. Rien de bien nouveau.

viy En 1583, Ronsard, au comble de la gloire, écrivit en courant son Art Poétique — livret de 64 pages, adressé à Alphonse Delbene, abbé de Hautecombe : " Ce petit abrégé, lequel, en faveur de toi, " Alphonse del Bene, a été en trois heures commencé

" et achevé etc (')... " Ces notes sont riches d'aperçus et de détails ; le style en est vivant, original, pittoresque. On trouve là les idées de Ronsard sur le génie poétique, sur le " provignement " des mots français, sur l'enrichissement de notre langue etc. Plus d'une fois, nous nous donnerons le plaisir de montrer l'accord •parfait entre le système de Ronsard et les préceptes de Despréaux.

viiij/Mentionnons encore un Traité de la poésie et des poètes, déà'xè à Ronsard par Robert Corbin, sieur du Boissereau ; et \ Art Poétique en cinq livres, de Pierre de Laudun (1597).

1x7 En 16 10, Pierre de Deimier composa son Académie de r Art Poétique. L'auteur censure, en cette Académie, les fautes de langage ou de versification de Ronsard, Desportes, du Bartas et autres. On sent déjà le voisinaore et le crédit orrandissant de Malherbe. Pierre de Deimier traite de Xélision, de Xhémistiche, de \ hiatus ; c'est la poésie vue par les plus petits côtés ; ce livre du reste est de l'ennui imprimé.

x^De tous ces essais de législation poétique, tentés par le xvi^ siècle, le plus digne d'éloge et d'étude est celui de Jean Yauquelin de la Fresnaye.Vauquelin commença cette besogne par goût, comme ses Forestet'ies et Idyllies, écrites en " l'avril de ses années. " Il l'acheva par ordre du roi-poète Charles IX, et de Henri

\J Art Poétique, en trois livres, fut publié en 1612, avec les œuvres complètes de Vauquelin, qui venait de

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