Ronsard, édit. de 1692, p
2. Il dit dans sa préface : " Grand nombre des poètes démon siècle " et de ceux à qui j'avais donne de mes vers sont trépassés, et le Roi " mort, par le commandement duquel j'avais parachevé mon Art Poétique.'" (Éd. de 1612, Caen.)
PROLEGOMENES.
mourir. Ce recueil de traductions, de vues très personnelles, de récits, de digressions, de conseils et de satires, serait vraiment notre poétique nationale, s'il eût été rédigé dans la langue sobre de Despréaux.
Comme Despréaux, l'auteur réduit d'abord en hexamètres français la causerie d'Horace avec les Pisons. C'est le canevas commun, sur lequel l'un et l'autre brodent; Boileau avec ordre et mesure, Vauquelin, au hasard, à l'abandon, avec autant de liberté que d'exubérance. A propos d'un mot d'Horace, il part pour une dissertation et revient par un détour, où il rencontre, à la file, les représentants antiques et modernes de notre poésie, soit gauloise, soit franco-latine de la Renaissance.
Vauquelin est poète, il est historien, il est français, il est surtout chrétien. A ces trois derniers points de vue, il est grandement supérieur à Despréaux. Les anecdotes littéraires que Vauquelin glane chez Horace, lui remettent en mémoire tel ou tel fait semblable de notre moyen âge ou de notre xvi^ siècle. Il conte, il cite, il juge, il parle de lui-même. Son ouvrage est pour nous un musée d'antiques, ouvrant sur de larges horizons. Il serait assez malaisé de donner un plan de ses trois livres. L'analyse des pages de ce poète-causeur ressemblerait à celle des Mémoires du philosophecauseur, Montaigne. Néanmoins on peut les ramener à trois chefs :
1° L'origine de la poésie ;
2° L'histoire de la poésie chez les Grecs, chez les Latins, chez les Français, puis çà et là chez les Italiens ;
3° Les divers genres de poésie, en usage chez ces nations, avec les noms des auteurs qui y ont excellé.
De toutes ces richesses jetées pêle-mêle, nous extrairons une ample provision de citations et d'exemples,
pour les opposer, soit aux omissions, soit aux inexactitudes de Boileau ; ou tout simplement, pour mettre en regard la manière de voir et de dire de Boileau et de Vauquelin.
Ici, une question se pose. Boileau connut-il ce devancier? Débrouilla-t-il " l'art confus " de ce vieux poème? Alla-t-il même jusqu'à dérober quelques perles à cet Ennius ? Plusieurs le croient et l'affirment.
Au milieu du xv!!!*" siècle, Lefèvre de Saint-Marc, commentateur de Boileau, sembla prendre à tâche de confronter les deux Arts poétiques; non pas précisément à l'avantage du second. Ses notes se composent, en bonne partie, de tirades de Vauquelin. Ce sont autant d'accusations de plagiat directes ou détour nées à l'adresse de Despréaux.
Marmontel se prononça dans le même sens. A l'entendre, l'unique mérite du poète de HenrillI serait d'avoir enrichi de ses dépouilles le poète de Louis XIV : " la Fresnaye, imitateur d'Horace, a joint aux " préceptes du poète latin quelques règles particulières " à la poésie française ; et son vieux style, dans sa " naïveté, n'est pas dénué d'agrément. Mais le coloris, " l'harmonie, l'élégance des vers de Despréaux l'ont " effacé. A peine lui reste-t-il la gloire d'avoir enrichi " de sa dépouille le poème qui a fait oublier le sien ('). "
Marmontel ne s'attarde point à prouver. Cubières- Dorat-Palmezeaux, dont nous parlerons prochainement, renouvela contre Boileau les mêmes inculpations de vol et de pillage : " Vous me permettrez de voir " dans l'auteur... de \ Art poétique un imitateur ingé- " nieux d'Horace, de la Fresnaye-Vauquelin et de " Saint-Geniez (^). "