‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 118 sur 255 · Réflex. etc., V P. Sect. xxxvi · texte numérisé non relu

Réflex. etc., V P. Sect. xxxvi

" Aimez donc la raison : que toujours vos écrits " Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.

La conséquence annoncée par donc ne sort pas assez immédiatement de ce qui précède. L'adjectif seule est de trop, ou réclame explication. Il est vrai, en ce sens que la raison doit guider et garder les autres puissances de l'écrivain, imagination, sentiment et mémoire. Mais la raison seide ne donnerait aux livres d'autre prix et d'autre lustre que ceux des ouvrages d'alo^èbre.

Boileau n'est absolu que dans l'expression. Par ailleurs il légifère ici d'après lui-même. L'auteur de l'Art Poétique est, comme on sait, \ç. poète de la raison. Il veut la voir partout dominer en reine toute-puissante; et cette monarchie, à l'image de la monarchie de Louis XIV, fait un peu oublier à Boileau que cette reine a des sœurs.

Louis Racine, dans ses Mémoires s'ar la Vie de Jean Racine, raconte un fait, par où l'on voit comment Boileau, même en poursuivant la rime fugitive, entendait avant tout chercher la raison : " Un de ses amis " le trouvant dans sa chambre fort agité, lui demanda " ce qui l'occupait : Une rime! répondit-il; je la cherche " depuis trois heures. — Voulez-vous, lui dit cet ami, " que j'aille vous chercher un Dictionnaire de RijJtes? " Il pourra vous être de quelque secours. — Non! " non, reprit Boileau; cherchez-moi plutôt le Diction- " naire de la raison.

C'était plaisamment répondu ; mais ce dictionnairelà ne se rencontre point comme celui de Richelet, ou de Napoléon Landais.

" La plupart emportés d'une fougue insensée,

" Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée.

La plupart... toujours; n'est-ce pas un peu trop dire ? ce mot toujours, tant de fois enchâssé dans les vers de Boileau, joue de mauvais tours à ses axiomes.

Je m'imagine qu'en lisant la Satire des Satires, Boileau se sentit atteint d'un trait plus pénétrant ou plus cruel. C'est le passage où Boursault accuse Boileau d'être précisément l'un des " emportés ", l'un de ces fougueux, " s'échappant à tout moment du bon " sens ■'. Le trait portait certainement à faux; mais il était décoché par un archer d'esprit :

" Despréaux d'encenseurs eût-il même des flots,

" On doit, par charité, désabuser les sots.

" Les endroits qu'on reprend font bien voir sa conduite;

" Il fait quelques beaux vers, mais le reste est sans suite.

" C'est un jeune emporté, qui, dans ce qu'il écrit,

'* Prise le jugement moins que le bel esprit ;

" Et pour courre un bon mot que parfois il attrape,

" Du bon sens qu^il néglige à tout moment s'échappe.

" Ses amis les plus chers n'en disconviennent pas ('). "

" Ils croiraient s'abaisser dans leurs vers monstrueux,

" Entende cela, qui le pourra ; pour moi, je ne l'entends pas (^). " (Desmarets.)

" s'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux.

L'idéal est d'être soi, en exprimant des idées que tout le monde saisisse ; mais tout le monde n'était point de cette opinion, dans la société aux petites coteries qui fréquentait les " ronds", les "réduits", les " ruelles",

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