I. Sat. des Sa/. Se. VI. — 2. La déf. du Poème hér. p
qui assistait aux " Samedis ", et dont Molière amusa " la Cour et la Ville. "
On avait passé par X eiLpJuiisine anglais, par le cultisme ou gongorisme espagnol, par le concettisme italien ; on en était encore un peu en France à \ alcôvisme des Précieux. Malherbe avait " dégasconné " la cour, l'hôtel de Rambouillet avait " dévulgarisé " la langue. Mais on avait fait du chemin, et, par haine du nom propre, on était arrivé à l'ère de la périphrase. Les Précieîiscs, les poètes qui avaient fréquenté la Chambre bleue ou les réunions de Sapho-Scudéry ; nombre de lettrés, jaloux de ne point parler comme M. Jourdain, affectaient les circonlocutions, les figures descriptives, le galimatias.
On peut en voir des échantillons dans le Dictionnaire de Saïunaise, ou même dans les PrécieiLses de Molière. Chacun en a retenu les définitions du miroir et du fauteuil.
Il suffit de feuilleter les recueils du temps ; ces fleurs de beau langage en émaillent les fadeurs. On les rencontre semées dans X Idylle héj'oïque de Saint-Amant sus-mentionnée. Cueillons-en quelques-unes çà et là. Saint-Amant appelle les poissons :
" Les rapides muets (') ; "
ou
" Les nageurs écaillés {f) ; "
le soleil :
" Le Prince des flambeaux (3) ; "
la manne des Hébreu?: :
" Une grêle de sucre ('•) ; " ' les vents :
" Les tyrans des vaisseaux (5) ; "
I. V= P. Éd. de i66o, p. 6o. ^ 2. VP P. p. 91. — 3- V^ P. p. 62. — 4. V^ P. p. 72. — 5. VI' P. p. 90.
Pour Saint-Amant la vulgaire occupation de la pêche à la ligne consiste à
" Tromper le temps en trompant le poisson (') ; " respirer, c'est chasser
" L'esprit venteux dans les poumons enclos (^) ; "
Enfin un nègre qui .nage dans le Nil " semble " à Saint-Amant.
" Un charbon que l'onde aurait éteint (3). "
Boileau devait bien rire de ces jolies trouvailles.
Ces périphrases n'étaient pas seulementla parure des vers ; mais de la prose soignée. — Un de nos écrivains, dit le P. Bouhours, dans un ouvrage très sérieux, appelle les bâtiments irréguliers : des solécismes en pierre ; les romans : des bateleurs en papier ; la sentence : le poivre blanc de la diction ; et la partie traînante , des robes : des hyperboles de drap. — Cela nous remet en mémoire les périphrases du vieux du Bartras, qui nommait le soleil : le duc des chandelles et le tonnerre : le tambour des dieux.
Cyrano est un parfait modèle de ce galimatias fleuri ; mais Cyrano s'amuse, quand il écrit: 1° "Le marteau " de lajalousie sonne les longues heures du désespoir " dans le clocher d'une âme. "
2° " L "écolier fripon, une pelote de neige entre les " doigts, attend au passage son compagnon, pour lui •'' noyer le visage dans un morceau de rivière ('*). "
3° '* Le vin est un tonnerre liquide, un courroux " potable, et un trépas qui fait mourir les ivrognes de •' santé (5). "
4° " A voir le cyprès chargé d'alênes au lieu de " feuilles, je crois qu'il est le cordonnier des arbres,(^). "
I. VIP P. p. 103. — 2. XIP P. p. 178. — 3. XIP p. p. 178. 4. Lettre L - - S- Lettre IV. — 6. Lettre VIII.
Mais il faut se borner.
Boileau a condamné, en prose comme en vers, cette manie folle de ne vouloir ni -penser, ni parler comme le commun des mortels. Il traduit ainsi le précepte tant de fois rappelé : Non nova sednove: " Qu'est-ce qu'une pen- " sée neuve, brillante, extraordinaire ? Ce n'est point, " comme se le persuadent les ignorants, une pensée que " personne n'a jamais eue, ni dû avoir ; c'est au contraire " une pensée qui a dû venir à tout le monde, et que " quelqu'un s'avise le premier d'exprimer ('),
La Bruyère fait aussi le portrait des pédants, précieux, raffinés, qui n'osent s'abaisser à user des idées et du style dont se servent les simples humains. C'est le portrait ^Acis:'' Que dites-vous ? Comment ? Je n'y " suis pas : vous plairait-il de recommencer ?... J'y suis " encore moins... Je'devine enfin. Vous voulez, Acis, " me dire qu'il fait froid :que ne disiez-vous: Il fait froid? " Vous vouliez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; " dites : Il pleut, il neige. Vous me trouvez bon visage, " et vous désirez de m'en féliciter; dites: Je vous trouve " bon visage. Mais répondez-vous, cela est bien uni et " bien clair : et d'ailleurs, qui ne pourrait pas en dire " autant ? Qu'importe, Acis ? Est-ce un si grand mal " d'être entendu quand on parle, et de parler comme '• tout le monde (') ? "
Non, sans doute ; mais cela est si commun !
" Évitons ces excès : laissons à l'Italie
" De tous ces faux brillants l'éclatante folie.
Boileau en veut aux raffinements d'au-delà des Alpes. Il les blâmera derechef, au second chant de la Poétique.