Ibid., p
" La Pucelle est encore une œuvre bien galante, " Et je ne sais pourquoi je baille en la lisant. "
Chapelain et sa Pticellc avaient en effet une vertu dormitive (').
Il paraît que le CJiarlemagiie du sieur Le Laboureur possédait les mêmes propriétés soporifiques; du moins Boileau l'affirme. Pendant l'effroyable mêlée où les livres de Barbin sont changés en projectiles et " volent de tous côtés ",
*' Au plus fort du combat, le chapelain Garagne
" Vers le sommet du front atteint d'un C/iarleinagne,
" (Des vers de ce poème effet prodigieux!)
" Tout prêt à s'endormir, bâille, et ferme les yeux {^). "
Le satirique a peu de traits plus heureux que celui-là. Perrault, tout comme Boileau, haïssait les auteurs et les livres qui endorment. Il l'avoue à Fontenelle, dans une Epître sur le Génie. Je crains fort que, même en parlant comme Despréaux, Perrault n'ait quelque arrière-pensée contre les œuvres du Satirique :
" ...On voit des esprits au-dessus du vulgaire,
" Qui, parmi cent talents, n'ont point celui de plaire.
" En vain, cher Fontenelle, ils savent prudemment
" Employer dans leurs vers jusqu'au moindre ornement.
t. Un jour que Chapelain en personne lisait la Pticelle chez M. le prince. Madame de Motteville assistait à ce festin litte'raire. Un admirateur du poète s'avisa de lui demander son avis sur la lecture. Elle répondit : " Oui, cela est parfaitement beau ; mais il est bien ennuyeux. " — Aussi la lecture de la Pucelle était le supplice que l'on s'imposait réciproquement, dans la joyeuse compagnie des Boileau, Chapelle, Furetière et autres : " Le poème de la Pucelle^ de Chapelain, était sur une " table, et on réglait le nombre de vers, que devait lire un coupable, sur " la qualité de sa faute. Elle était fort grave, quand il était condamné à " en lire vingt vers; et l'arrêt qui condamnait à lire la page entière, était " l'arrêt de mort. " ( L. Racine, Mém. sur la vie dej. Rac.)