Lettres deBussy-Rab. 3" p
" Je dirais qu'en user de la sorte, c'est ce qu'en " termes de musique, on appelle rompre la cadence, " ou sortir du mode, pour y rentrer plus agréable- " ment ('). "
Saint-Amant avait de l'oreille.
" Heureux qui dans ses vers, sait d'une voix légère, " Passer du grave au doux, du plaisant au sévère.
Horace avait dit plus brièvement, dans son hexamètre proverbial :
" Oinne tulit punctum gui miscuit utile dulci (^). "
Qui joint le grave au doux gagne tous les suffrages ; Boileau se répétera, au vers 88 du chant iv: Que votre muse
" Partout joigne au plaisant le solide et l'utile. "
" Son livre, aimé du ciel, et chéri des lecteurs, " Est souvent chez Barbin entouré d'acheteurs.
Dryden n'a pas trouvé d'équivalent à Barbin:
" His Works will be admir'd wherever found, " And oft with buyers will be compost round. "
Barbin était un des libraires de Boileau, avec Thierry, que nomme l'Épître x (3), et Billaine, dont il est question dans des vers supprimés du chant iv^ de la Poétique ("*).
Brossette donne ce maigre détail sur Barbin " Sa " boutique était sur le second perron de l'escalier de " la Sainte-Chapelle. " — Après la publication du Lutrin, le perron, que Boileau avait dépeint tout
I. Préf. du Moïse sauvé. — 2. V. 343. — 3. V. 61. — 4. V. Notes du ch. IV.
l'art FOéTIQUB 14
blanchi de la poudre des in-folios pendant le combat, reçut le nom de: Plaine de Barbin.
En se rappelant le succès de ses œuvres de jeunesse, le vieux poète disait à ses dernières rimes (') :
*' C'est trop languir chez moi dans un obscur séjour; " La prison vous déplaît, vous cherchez le grand jour; " Et déjà, chez Barbin, ambitieux libelles, " Vous brûlez d'étaler vos feuilles criminelles (^). "
Desmarets avoue que le " Livret " des Satires de Despréaux est entouré d'acheteurs chez Barbin ;vo\z\ comment. C'est Despréaux qui tient ce monologue:
" Barbin, pour mon livret me rend trois mille livres, '* Et ne donnerait rien du plus docte des livres. *' Je sors toujours à jeun des applaudissements; " Mais trois cents louis d'or donnent des aliments (3)."
L'auteur du Clovis est dans le vrai, quand il affirme le succès et le débit des Satires, mais il se trompe, quand il parle des trois cents louis. Boileau (nous le répéterons), ne retirait aucun profit pécuniaire de ses œuvres poétiques. Il en faisait cadeau à Barbin, ou à d'autres éditeurs (•♦).
Ailleurs Desmarets explique, à sa manière, en la constatant de nouveau, la vogue des livres de Boileau chez Barbin. Il commente ainsi les deux vers: so7t liv7'e aimé du ciel ^to. " Sachant que ses Satires
1 . Barbin est pour Despréaux ce que furent les Frères Sosie pour Horace. Horace dit à son Livre:
" Tu jettes, pauvre Livre, un œil de jalousie " Sur Vertumne et Janus et les Frères Sosie : " Oui, déjà tu voudrais aux regards des Roniains " Étaler la splendeur de tes blancs parchemins.... "
(Ép. L. L Ép. 20.)