V. Réfl. crit. sur Longin
7" Les préfaces de tous nos auteurs d'épopées furent autant de poétiques, où chacun des Homères français affirma ses principes, et démontra (en toute modestie) que son poème était le meilleur du monde. Nous en reproduirons de nombreux passages.
8" La préface de la Tradttctioïi de r Énéïde par Segrais contient aussi un traité de l'Épopée, que Segrais lui-même apprécie en ces termes : " Nos poètes, qui " entreprendront de faire des poèmes épiques, ne " feront rien qui vaille, s'ils ne lisent ma préface sur la " traduction de l'Enéide de Virgile, que j'ai faite en " vers. J'y ai renfermé toutes les règles que l'on doit " observer dans ces sortes de poèmes ('). " Désinvolture et sincérité du Virgile normand !
9" Notons encore : Les Traités de versification de Lancelot en 1663 ; de Pierre Richelet en 1 671 ; et celui du sieur Fiot, qui étale au frontispice cette enseigne alléchante : " Le Parnasse cavalier ; ou la " manière de faire très bien, seul, et en très peu de " temps, toutes sortes de vers français.
L'entreprise de Boileau n'était donc pas sans précédents ; elle avait été préparée de longue main par toutes ces ébauches, ou inutiles, ou informes, ou incomplètes. Depuis un siècle et demi, les faiseurs de vers et les savants s'escrimaient à régenter les muses de France. Les traités latins s'ajoutaient aux traités en langue vulgaire. On pouvait déjà en garnir toute une bibliothèque d'amateur.
Au moment où Boileau se mit à l'œuvre, on eût dit — suivant une expression peu neuve — que le besoin d'une poétique nouvelle se faisait généralement sentir. Le P. Rapin, Jésuite, écrivait la sienne, d'après Aristote. Le P. Le Bossu, Génovéfain, fouillait Homère et